Pourquoi le sel semble efficace — et pourquoi c'est trompeur
Le recours au sel (principalement le chlorure de sodium) pour éliminer les adventices repose sur un mécanisme simple : en augmentant la concentration de sels autour des racines, il provoque un stress osmotique et une déshydratation rapide des cellules végétales. À court terme, les pousses se dessèchent et disparaissent, d'où l'impression d'un résultat net et peu coûteux pour les allées, terrasses ou zones difficiles d'accès.
Mais cette efficacité visible cache un coût écologique élevé. Le sel ne distingue pas la « mauvaise » plante de la plante utile : il modifie durablement la chimie du sol et compromet sa capacité à nourrir la vie végétale et microbienne.
Impacts sur les sols, la biodiversité et l'eau
L'accumulation de sodium et de chlorures dans le sol altère le complexe argilo-humique — l'association d'argiles et de matière organique qui retient l'eau et les nutriments. Le sodium remplace des cations essentiels (calcium, magnésium) et disperse les particules d'argile, ce qui dégrade la structure du sol, réduit l'infiltration et favorise le compactage.
Conséquences observées :
- appauvrissement durable de la fertilité, avec impossibilité de reprendre facilement des plantations;
- destruction des communautés microbiennes (bactéries, champignons) et des vers de terre, qui assurent la décomposition et l'aération du sol;
- risque de migration des sels vers les nappes phréatiques et les cours d'eau par ruissellement, augmentant la salinité de l'eau et nuisant aux poissons, amphibiens et plantes aquatiques.
Selon l'intensité et la fréquence des applications, la rémanence du sel peut durer de plusieurs mois à des années. Les sols légers et les climats secs conservent la salinité plus longtemps. Par ailleurs, la dégradation structurelle augmente l'érosion et fragilise les infrastructures proches (allées, murets), tandis que les zones mal drainées favorisent stagnation d'eau et maladies végétales.
Alternatives et remédiation pour un désherbage responsable
Il existe des méthodes efficaces et moins destructrices que le sel. Pour limiter les dommages tout en gardant un jardin soigné, privilégiez :
- le désherbage thermique (chaleur/vapeur) pour les surfaces dures : il détruit les tissus végétaux sans résidu chimique ;
- le désherbage manuel, utile près des cultures et des massifs ;
- les paillages et mulchs organiques (copeaux, paille, compost) qui empêchent la germination et enrichissent le sol en se décomposant ;
- la solarisation (bâches noires en été) pour désinfecter superficiellement la terre dans les zones pavées ou pots ;
- des produits plus doux utilisés avec parcimonie (vinaigre, bicarbonate), réservés à des usages ponctuels et localisés, car ils peuvent aussi déséquilibrer le sol si surutilisés.
Si du sel a déjà été appliqué, quelques mesures peuvent aider à réduire les dégâts :
- tester le sol (salinité, pH, taux de cations) pour évaluer l'ampleur du problème ;
- favoriser le lessivage par arrosages abondants et répétés (lorsque l'eau douce est disponible) pour diluer et éloigner les sels hors de la zone racinaire ;
- apporter du calcium (gypsum/plaquettes de gypse) peut aider à remplacer le sodium sur les sites d'échange et restaurer la structure des sols argileux ;
- amender avec de la matière organique et replanter des espèces tolérantes pour relancer la vie du sol progressivement.
En résumé, malgré son allure pratique, le sel est une solution à éviter pour le désherbage. Choisir des méthodes mécaniques, thermiques ou des paillages protège la fertilité du sol, la faune du sol et les ressources en eau. Pour un jardin sain et durable, il vaut mieux privilégier des pratiques qui construisent et entretiennent l'équilibre écologique plutôt que d'en provoquer la rupture.







