Confronté à une crise durable dans le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP), le fabricant de matériel électrique Legrand annonce une réorganisation majeure en France. Cela implique la fermeture de quatre sites et la suppression de 178 postes d'ici 2028, dans le but de réduire ses coûts et de renforcer sa compétitivité.
D'après les déclarations faites à l'AFP, Legrand prévoit un investissement stratégique de plus de 80 millions d'euros sur le sol français. À cette occasion, la société, dont le siège est basé à Limoges, s'engage à proposer des solutions de reclassement interne ainsi qu'un plan de départs volontaires pour les retraités.
L'objectif de l'entreprise est clair : "Renforcer la spécialisation des sites français en matière de gammes et technologies clés" et ainsi accroître leur compétitivité. Ce projet vise également à consolider ses positions historiques tout en facilitant son adaptation aux enjeux de la transition énergétique et numérique.
Ce plan, qui fait actuellement l’objet d’une consultation des instances représentatives du personnel depuis le 23 juin, prévoit de fermer progressivement les sites de Pont-en-Royans (Isère), Lagord (Charente-Maritime), Confolens (Charente) et Châlus (Haute-Vienne). Leurs activités seront transférées vers d'autres usines du groupe, laissant à terme 14 sites opérationnels en France, contre 20 aujourd'hui.
Morgan Malecotte, directeur de Legrand France, a expliqué : "Nous avons de nombreux petits sites que nous allons regrouper pour créer des centres de compétences, afin de préserver notre compétitivité sous l’ambition du fabriqué en France." Il a aussi précisé que 20 millions d'euros seraient investis dans ces sites pour accueillir les activités transférées.
En parallèle, 60 millions d'euros seront alloués à accélérer les projets liés à la transition numérique et énergétique. Selon Legrand, la France représente 10% de son chiffre d'affaires et joue un rôle crucial dans ses fonctions recherche et développement.
Les sites qui récupéreront de nouvelles activités sont Magré (Haute-Vienne), Sitel (Haute-Vienne) et Sillé-le-Guillaume (Sarthe), avec le transfert des opérations de Pont-en-Royans vers le site voisin de Saint-Marcellin.
Concernant le plan social, Malecotte a indiqué que même s'il existe des solutions de reclassement, "des licenciements peuvent survenir" puisque certains employés pourraient ne pas vouloir se réorienter vers de nouveaux postes. Michel Robert, délégué syndical central de la CFDT, a exprimé son inquiétude, affirmant qu'il ne sera pas possible de reclassement tous les employés, et soulignant la rupture avec les pratiques habituellement suivies par Legrand.
Malecotte reste optimiste, en soulignant que des départs à la retraite anticipés contribueront à réduire le nombre de licenciements. Il a également précisé que ce plan d’investissement répond à des besoins croissants dans le numérique et l’énergie, alors que le marché de la construction reste fragile.
Legrand emploie actuellement 5 000 personnes en France, avec près de la moitié de sa production destinée à l’export vers l’Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique. Ce n’est pas la première fois que le groupe modifie son organisation ; fin 2024, d’autres réorganisations avaient également eu lieu sans entraînant de licenciements.
En 2025, Legrand a réalisé un bénéfice net de 1,2 milliard d'euros, avec un chiffre d'affaires de 9,5 milliards. Pour 2026, le groupe prévoit une croissance de 10 à 15% de son activité, malgré les défis du secteur.







