Le rendez-vous a lieu au dixième étage d’un bâtiment en périphérie de Tbilissi, la capitale géorgienne. Giorgi Targamadze, journaliste et directeur adjoint de la chaîne Formula News, fait visiter les restes de leurs locaux. « Auparavant, nous occupions six étages, avec deux studios d’enregistrement. Maintenant, tout se passe dans un seul studio, et nous fonctionnons sur seulement trois étages. »
Formula News est l’une des deux dernières chaînes de presse critique (avec TV Pirveli) qui continue de diffuser en Géorgie, malgré la pression accrue du régime, devenu de plus en plus autoritaire ces trois dernières années. Le Rêve Géorgien, en place depuis 2012 et fondé par l’oligarque Bidzina Ivanichvili, affiche désormais un tournant pro-russe, alors qu'une majorité des Géorgiens soutiendrait l'adhésion de leur pays à l'Union européenne, selon un sondage de 2025.
Depuis son succès aux élections législatives de novembre 2024, marqué par des allégations de fraudes, le gouvernement a suspendu les discussions pour l’intégration à l’UE. Depuis, la pression s’est accrue sur l’opposition politique, la société civile et les médias indépendants. Les manifestations, autrefois nombreuses, ne rassemblent maintenant plus que quelques dizaines de personnes sous l'œil des caméras de surveillance.
Pas de salaires
« Le gouvernement a instauré depuis deux ans des mesures répressives visant à étouffer les médias et la société civile, » explique Tamar Kintsurachvili, directrice de la Media Development Foundation et spécialiste des médias. Selon l'ONG Reporters sans frontières, la Géorgie a perdu plus de 50 places au classement de la liberté de la presse, se retrouvant en 114e position parmi 180 pays.
Giorgi Targamadze souligne : « Ces nouvelles restrictions nous empêchent de recevoir tout soutien d’organisations internationales. Nous ne pouvons même pas diffuser de contenus fournis par des entités financées par des organismes extérieurs. » Cela complique aussi la vente de publicités, deux entreprises seulement continuant à diffuser des annonces.
Dans ces conditions, le journaliste ne sait combien de temps ils pourront résister. « Nous allons encore devoir réduire nos effectifs. La plupart d’entre nous ne reçoivent même pas de salaire. » Les maigres recettes servent à couvrir les frais de fonctionnement, ce qui complique encore la situation.
Effectifs réduits
Dans les locaux de Formula News, la plupart des bureaux sont vides. « Nous avons perdu environ 50 % de nos effectifs, déclare Giorgi Targamadze. Des journalistes comme Zura Petrosiani ont choisi de quitter le pays. Installé à Bordeaux depuis presque deux ans, il a obtenu une bourse pour des études de médecine.
Il continue à transmettre ponctuellement des reportages pour Formula News depuis la France, mais a dû réduire son activité. « Au début, j’étais payé pour mes interventions, maintenant je le fais par passion. »
Aucun soutien
Les médias sont contraints de s’adapter pour survivre. Civil Georgia, un média en ligne, a dû revoir son modèle économique en lançant une campagne d’abonnement, comme le souligne Nini Gabrichadze, sa rédactrice en chef. Autres journalistes, comme Eka Kvesitadze, se sont tournés vers YouTube pour créer leur propre contenu. Giorgi Targamadze espère toujours un soutien concret de la part des partenaires occidentaux pour contraindre le régime géorgien à respecter les principes démocratiques.
Alors que l’Union européenne critique le gouvernement géorgien, le journaliste conclut : « Nous constatons une absence de soutien tangible. » La Géorgie semble s'enfoncer davantage dans l'autoritarisme, sans perspectives d'avenir européen.








