À Bricquebec, Ludivine Leroy, AESH depuis une décennie, espère une transformation significative de son métier grâce à une proposition de loi. Cette initiative portée par la sénatrice socialiste de la Drôme, Marie-Pierre Monier, vise à intégrer les Accompagnants des Élèves en Situation de Handicap (AESH) dans la fonction publique, avec un statut de catégorie B et une revalorisation salariale qui, selon les attentes, pourrait répondre aux défis croissants rencontrés par ces professionnels du soutien éducatif.
En France, le besoin d'accompagnement est en forte augmentation, avec 520 000 enfants en situation de handicap recensés en 2025. Pourtant, les moyens de recrutement et de formation demeurent insuffisants. Ludivine exprime son inquiétude : « On manque cruellement de matériel et de ressources, et nous n'avons pas les formations nécessaires pour offrir un soutien de qualité. » Elle aspire à une meilleure reconnaissance de son rôle, convaincue que l'intégration dans la fonction publique apporterait une amélioration substantielle à la fois pour elle et pour les enfants qu'elle accompagne.
Le constat est amer dans ce secteur où de nombreuses AESH, souvent des femmes, peinent à subvenir à leurs besoins avec des salaires qui ne dépassent pas 1 000 euros par mois, souvent à temps partiel. Ludivine travaille à 62 %, ce qui la pousse parfois à envisager un changement de carrière. « Beaucoup d’AESH abandonnent. Nous entrons dans ce métier pour apporter un réel changement, mais la réalité est désolante. Les conditions de travail sont inadéquates », regrette-t-elle.
Le projet de réforme proposé par la sénatrice Monier pourrait avoir un coût d'environ 4 milliards d'euros, mais il pourrait également offrir une solution à la pénurie d'AESH ; plus de 45 000 enfants sont actuellement en attente d'un accompagnement. Selon une étude publiée par le ministère de l'Éducation nationale, les disparités d'accès à des accompagnants sont marquées selon les départements, exacerbant les inégalités.
Les avis d'experts s'accordent sur la nécessité d'une réforme. Un rapport de l'Institut National de la Recherche Pédagogique (INRP) souligne que le manque de reconnaissance pour les AESH nuit non seulement au moral des équipes éducatives, mais également à l'expérience scolaire des élèves en situation de handicap. En favorisant une intégration des AESH dans la fonction publique, la politique pourrait transformer des vies tout en assurant un meilleur cadre de travail et de support éducatif.
Pour la communauté éducative, il est clair que le changement de statut n'est pas seulement une question de salaire, mais aussi de dignité et de reconnaissance du travail effectué au quotidien. Ludivine et ses collègues restent déterminés à faire entendre leur voix, espérant qu’un avenir meilleur se dessine à l’horizon.







