L’économiste John Maynard Keynes, connu pour ses théories ayant permis la création de l'État-providence, avait envisagé un futur où la semaine de travail ne durerait que 15 heures. Cette vision se basait sur l'idée que l'augmentation de la productivité permettrait à chacun de travailler moins. Si ses idées ont vu quelques applications, le temps de travail a stagné depuis plusieurs décennies, avec une France où l'on reste coincé autour des 35 heures, déclassée face à d'autres pays européens où le travail hebdomadaire dépasse souvent les 40 heures.
Depuis les années 1980, les politiques néolibérales, centrées sur l'austérité, se sont distinguées par de nouvelles exigences envers les travailleurs. Malgré les critiques récentes du néolibéralisme, et les propositions d'accorder un revenu universel, l'austérité demeure la norme. Cela se traduit par des réformes récurrentes envisageant un nouveau recul de l'âge de départ à la retraite.
Le cumul emploi-retraite des seniors
Face à l’allongement de la durée de cotisation et au report de l'âge de départ à la retraite, les seniors travaillent plus que jamais. Ce n’est pas le futur que Keynes avait prévu. Le plein emploi peut sembler une réussite, mais il dissimule une réalité préoccupante : la détresse d'une part significative de nos concitoyens, privés du véritable repos qu'ils sont censés recevoir après une vie de travail. La précarité ne se mesure pas seulement en chiffres de chômage, mais également en termes de bien-être mental et affectif.
Malgré des discriminations persistantes sur le marché du travail, certains seniors choisissent de continuer à travailler après avoir pris leur retraite. Une étude de la Drees révèle que 3,4 % des retraités cumulent emploi et pension, ce qui représente environ 482 000 individus. Ce chiffre pourrait sous-estimer la réalité, notamment en tenant compte des activités non déclarées, comme le bricolage ou la garde d'enfants.
Les modalités de travail parmi ces retraités sont variées. Le cumul emploi-retraite reste la forme la plus répandue, permettant de percevoir une pension tout en exerçant une autre activité professionnelle. Cela se fait souvent par nécessité, tant financière que personnelle. D'autres options existent, comme la surcote qui augmente la pension par un travail prolongé, ou la retraite progressive, mais le cumul emploi-retraite illustre particulièrement la précarisation des seniors.
Une manière de lutter contre la précarité ?
En Allemagne, le modèle des minijobs (emplois rémunérés jusqu’à 450€) est souvent mis en avant, affichant un faible taux de chômage. Toutefois, ces chiffres sont également le fruit de politiques favorisant les petits boulots, qui profitent souvent à des seniors en quête de moyens pour joindre les deux bouts. En France, seulement 30 % des 60-64 ans travaillent, là où cette proportion monte à 60 % en Allemagne.
Les types de postes sollicités par les seniors sont souvent des petits boulots compatibles avec un emploi fixe. Ces tâches, allant de la garde d'enfants à la distribution de prospectus, révèlent une réalité économique préoccupante : une pension jugée insuffisante pousse de nombreux retraités vers des emplois précaires, loin des activités valorisantes d'anciens dirigeants ou d'experts.
La précarité des personnes âgées est une question urgente, accentuée par le vieillissement de la population. La recourir à de tels emplois pour subsister indique un échec collectif. Loin de respecter les promesses de l'État-providence, cette situation doit interpeller. Il est peut-être temps de repenser nos choix politiques, en gardant à l'esprit les avertissements de Keynes. Notre société produit toujours autant de richesses qu'en 1930, rappelons-le.







