Il y a le ciel, le soleil et la mer... Bien que la chanson soit désormais oubliée, la quête du bonheur sous d'autres cieux attire de plus en plus de retraités français. Un rêve d'une vie meilleure qui peut se heurter à des défis si l'expatriation n'est pas bien préparée.
Des choix audacieux
Christiane*, 69 ans, et son mari Jean-Louis, 71 ans, ont troqué leur appartement parisien pour une maison avec jardin en Algarve, au Portugal, il y a bientôt cinq ans. "Nous n’avions pas de lien particulier avec la France, confie Jean-Louis. Nous avons été séduits par le pays lors de nos visites en tant que touristes. Le climat, l'accueil chaleureux et la gastronomie nous ont conquis. Alors, à la retraite, nous nous sommes dit: pourquoi pas ?" Aujourd'hui, leur quotidien est rythmé par la lecture, les cours de portugais, le golf, et des déjeuners tranquilles en terrasse. Leur seul regret ? Ne pas avoir fait le saut plus tôt.
Combien de retraités ont fait ce choix ? D’après la Caisse nationale d'assurance vieillesse, plus d'un million de Français vivent à l'étranger à la retraite. Cependant, Paul Delahoutre, fondateur du site retraitesansfrontiere.fr, estime que ce chiffre englobe différentes situations. Jean-Paul Gourévitch, spécialiste des migrations, propose une estimation plus précise : environ 600 000 retraités, répartis en trois groupes équitables : ceux qui retournent chez eux, les expatriés permanents et les exilés volontaires, souvent des cadres qui choisissent de vivre en dehors de la France.
Évasion vers le soleil
Les raisons de ce déménagement sont variées : le désir de soleil, un meilleur niveau de vie, une taxation réduite et une recherche de sécurité. Le Portugal, notamment, est le pays privilégié par ces retraités, suivi de l'Espagne, de la Grèce, de la Thaïlande, du Maroc et d'autres destinations exotiques. Leur popularité s'explique par des conditions favorables, telles que des exonérations fiscales pour les nouveaux résidents.
Si l'économie est une priorité pour ces retraités, mieux vaut viser loin. Selon Delahoutre, le pouvoir d'achat peut augmenter de 10 % en Espagne, 20 % au Portugal, et jusqu’à 50 % en Asie du Sud-Est. Laurence et Yves, établis en Thaïlande, partagent leur expérience : "Un déjeuner coûtant en moyenne six euros, nous pouvons nous permettre de fréquenter les restaurants bien plus souvent qu'à Nantes."
Maintenir le lien familial
Cependant, aucun départ n’est sans sacrifice. La distance avec la famille peut être une source d'angoisse. Christiane et Jean-Louis ont hésité à partir pour Bali, avant de privilégier le Portugal. "Internet aide à garder le contact, mais vivre trop loin de nos filles n’était pas envisageable," admit Christiane. Le choix du Portugal offre l'avantage de la proximité, facilité par des vols réguliers.
Cet exode a des implications pour la France. Si 200 000 retraités vivant à l'étranger ne semble pas énorme, cela représente néanmoins une baisse de consommateurs et de contribuables. François-Xavier Albouy, économiste, alerte : "Ces retraités, souvent en quête de soins en France, peuvent engendrer des coûts pour notre système de santé."
*Les prénoms ont été modifiés.







