Alors que l'ancien Premier ministre se lance dans sa quête de l'Élysée, il tente de se positionner comme un champion de la rigueur budgétaire. Toutefois, une récente analyse de l'observatoire Hexagone remet en cause l'idée d'un redressement structurel des comptes publics durant son mandat.
Édouard Philippe s'en vante, et il y a de quoi. L'étude de l'observatoire Hexagone annonce : « L'ancien Premier ministre a réussi durant son mandat, de 2017 à 2019, à faire reculer la dépense publique, un fait rare dans l'histoire récente des finances publiques françaises. »
Dans un contexte où l'optimisation des dépenses est devenue un impératif politique, cet « exploit » renforce les arguments en faveur de celui qui aspire à la plus haute fonction. Pour Philippe, cette réalisation lui permet de se dissocier d'Emmanuel Macron, dont la gestion des finances publiques a été récemment critiquée.
Durant sa gestion, la part de la dépense publique par rapport au PIB est passée de 57,7 % à 55,3 %, ce qui représente « un événement rarissime dans l'évolution de nos comptes publics. » Notons que même si la dépense publique a augmenté de 25 milliards d'euros en valeur nominale, elle a réellement diminué de 6 milliards lorsque l'on considère l'inflation. Ce dernier indicateur est crucial pour évaluer si les administrations dépensent effectivement moins qu’auparavant, et à ce titre, l'ancien Premier ministre mérite d'être reconnu.
Cependant, ce tableau se nuance. L'amélioration des comptes semble plus liée à un contexte économique favorable qu'à des réformes structurelles. L'observatoire souligne deux facteurs : « la baisse exceptionnelle des taux d'intérêt » et « le remplacement du CICE par des allègements de cotisations. » En effet, ce dernier changement fiscal, initié sous François Hollande, représente environ 22 milliards d'euros.
La baisse des taux d'intérêt durant cette période a été particulièrement marquante. Les taux à long terme ont chuté, faisant économiser au pays près de 5 milliards d'euros, inflation incluse. Ainsi, cette amélioration, bien que positive, est largement mécanique, soulevant des questions quant à sa portée politique. Si Édouard Philippe prétend tirer profit de ces résultats, l'absence d'un effort budgétaire identifiable complique sa position.
Un bilan très mitigé
En dépit de ces chiffres flatteurs, les politiques publiques n'ont pas connu le même élan. L'étude indique « qu'en dehors du CICE, les autres économies sont relativement limitées. » Par exemple, la réduction des aides au logement n'a entraîné qu'un milliard d'euros de baisse. En parallèle, certaines dépenses, notamment celles liées aux retraites, continuent d'engendrer des surcoûts d'environ 7 milliards d'euros durant la même période.
Surtout, malgré un contexte favorable, la France reste structurellement déficitaire. La comparaison avec ses voisins européens est peu flatteuse : la dette publique française n’a diminué que de 0,6 point de PIB entre 2017 et 2019, alors que la moyenne de la zone euro a baissé d'environ 4 points. Au seuil de la pandémie, la France affichait encore le deuxième déficit public le plus important de la zone euro.
Ce constat, jugé « peu flatteur » par l'étude, souligne les limites du récit politique qu'Édouard Philippe cherche à établir à l'approche de l'élection présidentielle de 2027. Bien qu'il se présente comme un champion des finances rectifiées, son bilan, à y regarder de plus près, est ambivalent : « Il ne témoigne pas d'une baisse structurale significative des dépenses publiques ou des prélèvements obligatoires. » L'étude rappelle surtout que ce quasi-stagnation des finances publiques, facilitée par une conjoncture exceptionnelle, a précédé la dégradation continue des comptes jusqu'à la situation actuelle.
À l'aube d'un scrutin où les enjeux budgétaires occuperont une place centrale, une question cruciale se pose : comment réaliser demain ce qui n'a pas été accompli hier ? Pour Édouard Philippe, la réponse sera déterminante, d'autant plus qu'il est sous enquête judiciaire du Parquet National Financier concernant sa gestion à la mairie du Havre.







