Le fleuron américain de l’intelligence artificielle Anthropic a été contraint vendredi 12 juin 2026 par son propre gouvernement de couper l’accès à ses modèles les plus puissants. Washington invoquant un risque pour la sécurité nationale.
La société Anthropic a annoncé dans la nuit de vendredi 12 à samedi 13 juin 2026 la suspension de ses deux nouveaux modèles d’intelligence artificielle, la version très restreinte Mythos 5 et sa déclinaison pour le grand public, Fable 5. Cette décision fait suite à une injonction gouvernementale qui impose, au titre du contrôle des exportations, de couper l’accès à ces modèles pour « tout ressortissant étranger, à l’intérieur ou à l’extérieur des États-Unis », y compris « les employés étrangers » d’Anthropic, d’après un communiqué de l’entreprise.
Face à cette situation, Anthropic, déjà en conflit avec l’administration précédente, a déclaré qu'elle devait « brutalement désactiver » ces modèles pour tous ses clients.
L'Union européenne, qui avait récemment obtenu l'accès à Mythos après plusieurs semaines de négociations, a réagi en affirmant que cette décision souligne le besoin d’une « souveraineté technologique » pour l'Europe. Thomas Regnier, porte-parole de la Commission européenne, a déclaré : « Nous prenons note de la déclaration d'Anthropic et sommes en train d’évaluer la situation ». L'annonce a également suscité des réactions en France, où plusieurs leaders politiques ont évoqué une « guerre de l’IA » et la nécessité d'une indépendance technologique vis-à-vis des États-Unis.
Selon le média américain Axios, la directive émane du secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, alerté par des informations selon lesquelles une entreprise aurait contourné les systèmes de sécurité de ces modèles, réputés pour leur capacité à détecter et exploiter les failles de cybersécurité avec une efficacité sans précédent.
Anthropic a contesté la décision, arguant que la découverte de ce contournement ne justifie pas une telle mesure pour un modèle utilisé par des millions de personnes. L’entreprise a insisté sur le fait que si ce type de standard de sécurité devait être appliqué à l’ensemble du secteur, cela pourrait paralyser tous les nouveaux déploiements de modèles d'IA de pointe.
Les dirigeants d'Anthropic se sont engagés à rétablir l'accès à ces outils innovants « dès que possible » tout en maintenant les autres modèles actifs. L'entreprise est dans la compétition féroce avec des géants comme OpenAI, Google et le chinois DeepSeek.
L'annonce a également suscité des débats sur la nécessité d'un encadrement public des technologies d'IA. Dario Amodei, PDG d'Anthropic, a plaidé pour un système d’audits obligatoires inspiré du secteur aérien, permettant au gouvernement de bloquer des déploiements à risque. Il estime toutefois qu’une telle démarche doit être menée dans un cadre légal transparent.
Dean Ball, chercheur et ancien conseiller de la Maison-Blanche sur l'IA, a qualifié la situation de « grotesque », soulignant que tant la sécurité que l'accès sont des intérêts nationaux fondamentaux. Loin de se laisser abattre, Anthropic reste déterminé à défendre ses innovations face à des régulations jugées excessives.







