Le conflit syrien prend un nouvel tournant avec le déploiement de l'armée de Damas dans les régions récemment abandonnées par les forces kurdes. Ce développement fait suite à un accord controversé, marqué par un cessez-le-feu, qui remet en question les aspirations d'autonomie de la minorité kurde.
Le président syrien Ahmad al-Chareh a annoncé ce pacte, indiquant une volonté d'étendre son autorité sur l'ensemble du pays, ayant déjà renversé Bachar al-Assad en décembre 2024. Les forces gouvernementales, après une avancée rapide, ont commencé à s’installer dans le nord et l’est de la Syrie, renforçant leur position sur le terrain.
Des sources militaires rapportent que, bien que le cessez-le-feu soit en grande partie respecté, des affrontements isolés ont fait trois victimes côté syrien. Les Forces Démocratiques Syriennes (FDS), composées majoritairement de Kurdes, ont contre-attaqué, alimentant une tension déjà palpable.
L'accord stipule que les forces et institutions kurdes seront intégrées dans le cadre gouvernemental, avec un transfert immédiat de contrôle des provinces arabes comme Deir Ezzor et Raqa au gouvernement syrien. Une mesure qui préoccupe les Kurdes, qui se sentent trahis par la communauté internationale, notamment les États-Unis, qui les avaient soutenus dans leur lutte contre l'État Islamique.
Lors d'une conversation téléphonique avec le président américain Donald Trump, le président Chareh a mis l'accent sur la nécessité de garantir les droits des Kurdes, tout en promettant de préserver l'unité syrienne. Cependant, des analystes, tels que Mutlu Civiroglu, expriment des doutes sur la capacité du gouvernement à représenter l'ensemble de la population syrienne après ce recentrage autoritaire.
Dans les rues de Deir Ezzor, le secrétaire du conseil municipal a rapporté le soutien populaire croissant envers les forces syriennes. "La joie de voir la libération est incomparable", a déclaré un habitant. En parallèle, des anciennes alliances avec les FDS se fissurent, certaines tribus optant pour le camp gouvernemental, intriguées par la promesse de sécurité et de développement.
Les tensions surviennent également autour du sort des prisonniers de guerre en lien avec l'État Islamique, dont les Kurdes supervisent actuellement la détention. Le ministère de l'Intérieur syrien a exprimé son intention de renforcer la gestion de ces établissements en coordination avec les autorités américaines, un élément crucial pour éviter une résurgence du terrorisme. Selon plusieurs spécialistes, cette dynamique illustre le dilemme face auquel se trouvent les États-Unis, qui veulent éviter un abandon semblable à celui qu'ils ont connu en 2019.
Alors que la situation continue d’évoluer, des bombardements à Raqa ont signalé un retour aux hostilités, et la cheffe de la diplomatie de l'Union européenne, Kaja Kallas, a appelé à l'arrêt immédiat des opérations militaires en Syrie. L'avenir des Kurdes dans ce nouveau paysage est plus incertain que jamais, laissant présager des tensions à venir.







