Le Parlement français a adopté, jeudi, une loi historique qui simplifie les restitutions d'œuvres d'art pillées au cours de la colonisation. Ce texte, tant attendu notamment par plusieurs pays africains, vise à renforcer les liens entre la France et les nations anciennement colonisées.
Après avoir été approuvé à l'unanimité par les députés, le Sénat a suivi le mouvement, concrétisant ainsi une promesse faite par le président Emmanuel Macron lors de son discours à Ouagadougou en 2017, visant à rajeunir les relations franco-africaines.
« L'instant est historique », a déclaré Catherine Pégard, ministre de la Culture, en soulignant la volonté de la France d’« ouvrir une nouvelle page » de son histoire. Cette nouvelle législation ne se contente pas de dresser un cadre légal ; elle est présentée comme « une main tendue » vers les nations qui ont souffert de la colonisation.
Ce texte arrive à un moment crucial, alors que la France a perdu une partie de son influence en Afrique, notamment dans la région du Sahel. Emmanuel Macron s'apprête à entreprendre une tournée en Afrique, accentuant ainsi l’importance de ces restitutions.
Les demandes de restitution d'œuvres d'art pillées existent depuis longtemps, mais ont souvent été freinées par la résistance des musées. L’histoire a repris de l’ampleur dans les années 2010, notamment grâce à des revendications du Bénin. En 2020, la France a restitué au Bénin 26 trésors d'Abomey, ainsi que le sabre d’El Hadj Omar au Sénégal, mais le processus a éprouvé des limites, la question de l'inaliénabilité des collections publiques rendant chaque restitution complexe.
La nouvelle loi-cadre permet désormais des restitutions par décret, sans nécessiter l'élaboration de lois spécifiques pour chaque cas. Elle introduit également des critères pour établir la légitimité des revendications et prévoit une consultation des commissions scientifiques et parlementaires pour donner un avis.
Limité aux œuvres acquises entre 1815 et 1972, ce cadre législatif pourrait favoriser un dialogue renouvelé sur la mémoire historique. La sénatrice Catherine Morin-Desailly a souligné l'importance de ce moment que le Parlement « ouvre une voie où la mémoire se partage ». Néanmoins, certaines voix, notamment à gauche, auraient souhaité élargir les critères temporels pour inclure des périodes antérieures.
Parallèlement, des critiques s’élèvent de l’extrême droite, appelant à une évaluation des conditions de conservation des œuvres avant leur restitution. Actuellement, le nombre de demandes de restitution est restreint, mais ces dernières pourraient se multiplier suite à l’adoption de la loi.
Les relations avec des pays comme la Chine, qui a exprimé sa volonté de collaborer sur ce sujet, pourraient également évoluer. L’Algérie, par exemple, réclame des effets personnels de l'émir Abdelkader, tandis que le Mali espère obtenir des pièces du trésor de Ségou.
Enfin, les musées français se verront confier une nouvelle mission : celle de rechercher la provenance de leurs collections. Cela permettra de mieux comprendre les œuvres prises illicitement, avant que les demandes de restitution ne se multiplient. Comme l’a souligné le député écologiste Jean-Claude Raux, cette loi ne sera significative que si elle s’accompagne de moyens adéquats pour rendre cette démarche véritablement efficace.







