Un enfant a déjà pleuré dans un porte-bébé orné de dents d’ours malais. Un chef indien du XIXe siècle a accentué son statut avec une coiffe en plumes de buceros. De riches Japonais avaient décoré leurs kimonos avec des netsukes en ivoire. Ces objets témoignent d'une culture et d’une histoire riches, souvent ignorées.
La valeur historique et culturelle des neuf objets remis aux autorités douanières ce 20 avril ne saurait être mesurée par une simple somme en euros. "Ces pièces sont du niveau du musée du Quai Branly ; les voir envoyées à la casse aurait été un déchirement", a commenté Frédéric Decout, contrôleur principal des douanes à Limoges. Ces objets, bien que contrefaits, étaient pourtant voués à l'éradication, en raison de leurs ornements réalisés avec des espèces animales protégées.
Espèces menacées
Crânes, griffes et plumes provenant d'espèces aujourd'hui menacées d'extinction ont été utilisés dans la confection de ces pièces. Depuis la convention de Washington de 1973, leur commerce est interdit. Pendant un an, Frédéric Decout a œuvré pour que ces objets rejoignent un musée approprié. "Je me suis souvenu de mes études d’archéologie à Bordeaux, de ce musée d'ethnographie", a-t-il expliqué.


Sophie Chavre-Dartoen, directrice du musée, a exprimé sa gratitude, soulignant que ce don renforce la confiance placée en leur institution, l'un des rares musées universitaires en France depuis 1894. Ces nouveaux objets s'intègrent parfaitement aux collections existantes. "Ils nous aideront à sensibiliser le public à la gestion du vivant et au respect des cultures", a-t-elle ajouté, fière de voir ces pièces préservées des circuits illégaux.
"Ces objets témoignent de pratiques spirituelles ou artistiques, appartenant parfois à des civilisations disparues".
Selon Frédéric Decout, si aucun œil attentif ne surveillait les ventes aux enchères, ces objets auraient été cédés à des collectionneurs. Leur légitimité n'étant pas respectée, les infractions sont maintenant sanctionnées.


Lors de cette opération, 14 lots suspects ont été saisis. Les experts du Museum d’histoire naturelle de Paris en ont écarté plusieurs, dont une selle mongole. La collecte provenait d'un château de l’Indre, dont le propriétaire, un cartographe retraité, avait accumulé ces objets au fil de ses voyages. "Cet homme a largement pillé les civilisations rencontrées", dénonça Frédéric Decout.
Bien que l’ancien propriétaire ne soit pas poursuivi, le commissaire-priseur responsable de la vente a dû faire face à une amende. "Retirer ces objets du marché est primordial pour stopper le commerce illicite qui prospère", conclut Decout.
Grâce à son engagement, ces trésors sont désormais exposés dans le musée, offrant un accès libre à de précieux témoignages du passé.







