[Cet article a été publié le 18 octobre 2025, nous le republions à l’occasion de notre journée spéciale Portes ouvertes où Courrier international est en accès libre.]
À Somerville, une ville dynamique située au nord de Boston, un petit panneau accroché à une sonnette témoigne de la complexité des relations qui s'y nouent. “En l’absence de réponse au no 3, veuillez sonner au no 4. Et vice versa.”
Dans ce cadre, les habitants entretiennent des unions variées et souvent multiples, formant ce qu'ils appellent des “polycules”, des réseaux d’amoureux allant parfois jusqu'à 80 membres, chacun jouant un rôle unique dans cette dynamique relationnelle. Une journaliste du Times britannique a passé une semaine dans cette communauté du Massachusetts où les relations sont loin d'être monogames.
Un exemple typique de ce mode de vie est Jay, 56 ans, vivant avec Ash, 44 ans, et son mari Chris, 44 ans. Chacun a également plusieurs partenaires ailleurs, ce qui crée un véritable kaléidoscope d'interactions amoureuses. À cette configuration, ajoutez des relations à distance et vous obtenez un véritable énigme de coucheries à distance, démontrant la flexibilité des relations à Somerville.
Le concept de polyamour, longtemps attribué à des cultures alternatives, a vu sa popularité croître, comme le démontre un sondage YouGov réalisé en 2020, où 32 % des Américains affirmaient privilégier des relations non monogames dans une certaine mesure. Ce chiffre est monté à 34 % en 2023, témoignant d'une tendance socioculturelle étendue et acceptée.
Somerville, un épicentre pour les polyamoureux
Souvent décrite comme « le Las Vegas du polyamour », Somerville dispense des droits égaux aux familles polyamoureuses, leur offrant les mêmes privilèges que les couples mariés pour des questions telles que le congé de deuil ou le droit de visite à l'hôpital. En 2023, elle est devenue la première ville aux États-Unis à protéger légalement les polyamoureux.
Cette dynamique amoureuse est accompagnée de discussions ouvertes et enrichissantes, où chacun se sent libre de partager ses expériences. Ash, qui utilise le pronom « iel », évoque la jalousie comme une problématique courante à gérer, mais qui peut élargir les horizons relationnels.
Des défis et des réflexions
Entrevues avec des membres de la communauté révèlent que la jalousie est un enjeu à surmonter. Ash confie que lorsqu’une partenaire de Jay s'est installée chez eux, il a dû faire face à des émotions de frustration. “Je pensais qu'on allait nous construire un nid, et voilà qu'une autre personne empiétait sur notre temps,” rapporte-t-il.
La gestion des émotions nécessite parfois des emplois du temps bien organisés, avec des calendriers partagés entre partenaires, un moyen efficace de naviguer dans cette mer de connexions.
Comme dans toute communauté, il existe des défis sociaux, notamment un besoin d’examen préalable avant d'adhérer à certains groupes ou événements. Kit, organisateur d’activités, souligne que le respect de l’autonomie personnelle est primordial dans ces contextes.
Une nouvelle forme de famille
Alors que certains s'aventurent dans cette voie par nature, d'autres doivent désapprendre leurs anciennes convictions. James, un membre de la communauté, explique qu'il a fallu un long cheminement personnel pour accepter cette modalité d'amour. “C'est une forme d'expérimentation d'émotions, et cela peut être libérateur de ne pas chercher tout cela en une seule personne,” conclut-il.
Somerville se présente donc comme un laboratoire de l'amour contemporain où l'expérimentation relationnelle est encouragée, offrant ainsi une fenêtre sur des modes de vie alternatifs, loin des conventions traditionnelles.







