L'Indonésie se retrouve aujourd'hui confrontée à une conjoncture économique complexe, accentuée par des politiques gouvernementales jugées insuffisantes pour rassurer les partenaires économiques. Pour rappel, cette nation, première puissance économique d'Asie du Sud-Est, est largement dépendante des importations de pétrole et subit de plein fouet la hausse des prix du brut, exacerbée par la situation géopolitique au Moyen-Orient.
Dans un souci de protection sociale, Jakarta a maintenu des subventions sur les carburants et un programme de repas gratuits pour les élèves, des mesures qui alourdissent le budget national. Parallèlement, le gouvernement a durci les contrôles sur les exportations de matières premières, avec un accent particulier sur l'huile de palme et le charbon, des secteurs clés pour l'économie indonésienne.
Face à une devise en chute libre, atteignant 18.100 roupies pour un dollar, et à une Bourse de Jakarta en repli de 30% depuis le début de l'année, la Banque centrale (BI) a agi en relevant son taux directeur de 25 points de base, le portant à 5,50%. Cependant, selon les analyses de BMI, une filiale de Fitch Group, les craintes persistantes des investisseurs quant aux récentes mesures internes continueront de peser sur l'économie, entraînant de nouvelles augmentations de taux.
- Objectif ambitieux de 8% de croissance -
Malgré l'augmentation des taux, Jakarta vise un objectif de 8% de croissance économique d'ici 2029. Juda Agung, vice-ministre des Finances, a exprimé la détermination du gouvernement à atteindre cet objectif pour éviter de s'enliser dans le groupe des pays à revenu intermédiaire. "Pour devenir une nation riche d'ici 2045, il nous faut croître davantage", a-t-il déclaré. Les projections démographiques indiquent que d'ici 2035, l'Indonésie connaîtra un vieillissement de sa population, impactant la productivité.
L'ex-gouverneur adjoint de la BI a soutenu les récentes hausses des taux, malgré les éventuels dangers pour la croissance économique. M. Juda a également justifié la création de Danantara Sumberdaya Indonesia (DSI), un organisme destiné à surveiller les exportations de ressources naturelles, afin de contrer les pertes dues à la corruption, évaluées à 900 milliards de dollars sur les deux dernières décennies.
- Perspectives critiques -
Toutefois, de nombreux experts soulignent que l'augmentation des taux d'intérêt n'apportera qu'un soutien limité à la roupie. Capital Economics estime que l'administration Prabowo doit abandonner son approche interventionniste pour instaurer une politique plus favorable aux investisseurs.
Pour M. Juda, la roupie est sous-évaluée, et les pressions économiques actuelles sont "gérables". Il est convaincu que la situation s'améliorera avec la fin du conflit au Moyen-Orient. Néanmoins, des économistes s'attendent à d'autres hausses de taux, ce qui risque de peser sur le déficit budgétaire, limité par la loi à 3,0% du PIB.
Pour aggraver l'incertitude, une annonce de MSCI concernant la rétrogradation potentielle de la Bourse de Jakarta préoccupe les analystes, suite à des critiques sur la transparence des opérations boursières.
Malgré ces défis, Juda Agung a noté des mouvements positifs, notamment un regain d'intérêt pour les obligations d'État et des signes d'optimisme sur le marché boursier depuis l'augmentation des taux. Cependant, la Banque mondiale prévient que la croissance pourrait plafonner à 5% d'ici 2026, en raison des dépenses publiques élevées. Deni Friawan, analyste au Centre for Strategic and International Studies (CSIS), demande une réduction des dépenses pour restaurer la confiance des investisseurs, déclarant que "la confiance se mérite par des actions concrètes, pas simplement par des déclarations".







