Les pêcheurs se sont rassemblés à Cherbourg, en Normandie, ce jeudi et vendredi, pour les assises annuelles de leur profession. Au cœur des discussions : la modernisation de la flotte, la gestion des ressources maritimes et le partage des eaux, dans un contexte de flambée des prix des carburants.
L'espoir d'un accord au Moyen-Orient pourrait éventuellement influer sur le prix du gazole marin, mais le secteur a déjà souffert de l'escalade des coûts, avec des armateurs contraints de réduire leur activité. En avril-mai, le carburant représentait jusqu'à 60 % du chiffre d'affaires pour plusieurs entreprises, un chiffre alarmant qui souligne la précarité de la filière.
Olivier Le Nézet, président du comité national des pêches, a rappelé l'urgence d'agir : "Nous devons absolument penser au renouvellement de notre flotte. C'est une question de souveraineté alimentaire", a-t-il déclaré lors de l'inauguration des assises. Il a également souligné la nécessité d'un soutien financier tant de l'Europe que de l'État pour moderniser les outils de pêche en vue des défis liés au changement climatique.
Avec le deuxième plus grand espace maritime au monde, la France se classe au sixième rang en Europe pour le nombre de navires de pêche. Cependant, 87 % de la flotte est constituée de petits bateaux de moins de 12 mètres, souvent âgés de plus de 30 ans, pilotés par des équipages vieillissants qui attendent des politiques pour les aider à se moderniser et à réduire leur empreinte carbone.
"La pêche française a besoin de stabilité", a insisté Olivier Le Nézet, qui a évoqué la récente incertitude liée à l'impact du Brexit et à une possible fermeture temporaire du Golfe de Gascogne en 2027, destinée à préserver les populations de dauphins.
Organisées par Ouest-France et Le Marin, les assises de cette année se tiennent dans un climat de tensions autour des droits des pêcheurs français face aux réglementations britanniques, un sujet sensible depuis le Brexit.
Sur la façade maritime de la Manche, la question du partage de l'espace est particulièrement cruciale, entre pêche, énergies renouvelables et conservation marine.
Les professionnels normands, qui mettent en avant la pêche artisanale, souhaitent voir interdire aux navires de plus de 25 mètres l'accès à la bande côtière française de 12 miles nautiques.
Catherine Chabaud, ministre chargée de la mer et de la pêche, est attendue dans l'après-midi pour discuter des enjeux liés à la cohabitation des usages marins, ainsi que sur la préservation des ressources et le renouvellement de la flotte.
Des tables rondes aborderont des thèmes variés, allant de la gestion durable de la coquille Saint-Jacques à la formation des jeunes marins. Ce jeudi, plusieurs jeunes pêcheurs ont exprimé leur passion pour un métier souvent considéré comme difficile, mais synonyme de liberté.
"Au lever du soleil ou au crépuscule, on a la meilleure vue de bureau au monde", a affirmé Jules Sagot, jeune marin sur le bateau de son père dans les Hauts-de-France, espérant devenir un jour patron de pêche à son tour.







