Une lumière éteinte : le récit poignant d'un jeune rendu aveugle par la violence

Un jeune homme se confie sur sa tragique agression et les séquelles indélébiles.
Une lumière éteinte : le récit poignant d'un jeune rendu aveugle par la violence
Quatre hommes sont jugés pour des violences, un cinquième pour complicité. © Radio France - Alice Marot

Au deuxième jour du procès aux assises de la Gironde, cinq jeunes hommes sont jugés pour des violences ayant gravement blessé un adolescent à Cenon en 2020. La victime, actuellement âgée de 21 ans, a pris la parole pour partager son expérience et son quotidien, marqué par le drame. Ce jour d'octobre, un jeune de 15 ans participait à un jeu de chasse à l'homme dans le quartier Palmer. Malheureusement, il a été capturé par des camarades un peu plus âgés, qui l'ont conduit dans une cave où il a été violemment attaqué et a perdu la vue.

Cinq hommes, âgés de 22 à 25 ans aujourd'hui, sont donc en procès. Quatre sont accusés de violences ayant causé une infirmité permanente, tandis que le cinquième est jugé pour complicité, étant celui qui a filmé cette scène insupportable.

Qu'est-ce que je leur ai fait pour qu'ils m'arrachent la vue ?

En s'avançant devant la cour au bras de sa mère, le jeune homme, "qui refuse d'utiliser une canne", a exprimé sa souffrance en déclarant : "J'ai mal, ça fait 6 ans que je ne vois pas ma mère, je ne me rappelle même plus comment je suis moi-même." Il décrit la journée tragique du 17 octobre, où ce qui devait être un jeu s'est transformé en une expérience traumatisante : "Pour moi, ce n'est pas un jeu, c'est pas on joue à cache-cache et je te séquestre".

Il évoque également un sentiment de trahison, se remémorant ses liens avec ses agresseurs : "Je les aimais beaucoup, c'étaient mes frères, maintenant je suis passé de l'amour à la haine." Sa mère partage la douleur de cet affrontement avec ceux qu'ils considéraient proches : "C'était peut-être une confiance mal placée, pensant qu'ils ne frapperaient pas, car ils faisaient partie de notre univers familial".

Le jeune homme a choisi de témoigner et de porter l'affaire devant la justice, préférant la voie légale à celle de la violence. "Qu'est-ce que je leur ai fait pour qu'ils m'arrachent la vue ?" Cette question reste sans réponse, hantant ses pensées jour après jour.

Des souvenirs déchirants

Les proches de la victime ont également pris la parole pour évoquer les souvenirs de cette journée tragique. Sa sœur a décrit la situation affligeante lorsqu'il est rentré chez eux, les blessures visibles et la douleur grandissante. "Son crâne a triplé de volume" à cause de l'hémorragie, a-t-elle relaté, ajoutant à l'horreur de l'événement.

La mère de la victime a également souligné la connaissance des accusés vis-à-vis de la fragilité de son fils, qui souffre d'une maladie rendant son état encore plus préoccupant. "Ils savaient tous qu'il était malade", a-t-elle déclaré, tandis que les accusés minimisent leur responsabilité, ne reconnaissant que des "petits coups", comme l'a souligné Me Alexandre Novion, avocat de la victime.

Une thérapie par le rap

Le quotidien du jeune homme a été profondément modifié par cette tragédie. Il navigue à travers les étapes du deuil et du désespoir, développant une résilience admirable. Bien qu'il refuse d'apparaître vulnérable et ne sorte jamais avec sa canne, il trouve refuge dans l'écriture, en particulier le rap. Lors du procès, des extraits de ses textes ont été partagés : "Je vis dans le noir, je vis dans le noir, mais j'avance quand même." Il exprime à travers ses mots des sentiments de blocage, une métaphore d'une vie rendue difficile par les jugements et le traumatisme.

Sa mère mentionne que cette écriture est pour lui une forme de thérapie : "Il écrit toujours ses textes de rap, c'est comme une façon de se libérer." Il a même sorti une chanson traitant de son expérience tragique au moment de l'ouverture du procès, un acte symbolique de catharsis.

Ce procès soulève des questions cruciales sur la violence des jeunes, la confiance mal placée et les cicatrices invisibles laissées par des comportements brutaux. Le combat pour la justice continue pour ce jeune homme qui aspire à récupérer un peu de lumière dans l'obscurité de son existence, tout en plaidant pour un changement de mentalité envers la violence au sein des communautés.

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