Dans les forêts normandes, la SNCF a mis au point un système innovant qui utilise des balises sonores pour alerter la faune sauvage. Ces dispositifs, installés tous les 50 mètres le long de la ligne Rouen-Caen, diffusent des sons naturels comme des claquements d’ailes et des craquements de branches, incitant ainsi les animaux à s’éloigner des voies ferrées avant le passage des trains.
Selon Frédéric Cochepain, chef de projet, ce système, nommé « Safe », a permis d'atteindre une réduction quasi totale des collisions avec les sangliers et autres animaux sur cette section de voie. Le son émis voyage à la vitesse du train, alertant les animaux quelques secondes avant que le convoi n’arrive.
Le dispositif fonctionne grâce à un radar qui calcule la vitesse du train à l’approche, communiqué à une balise émettrice alimentée par énergie solaire. Celle-ci déclenche une alerte sonore, répétée à chaque borne pour un maximum d’efficacité.
Alerter la faune pour éviter les accidents
Le projet Safe est né de la collaboration entre la SNCF et des experts en signalétique. Maxime Gombart, référent national faune à SNCF Réseau, souligne que le but est de "faire relever la tête" des animaux pour éviter les collisions, qui se produisent souvent à la tombée de la nuit lorsque la visibilité est faible.
Ces installations ont été nécessaires, car en 2024, le nombre d'accidents liés aux sangliers était en forte augmentation. « Nous avons enregistré jusqu’à 10 incidents par an sur les 5,5 km de cette ligne », explique Cochepain, « mais cela a cessé depuis la mise en place des balises. » Valérie Lallemand, directrice du programme végétation-faune de la SNCF, rappelle que chaque collision entraîne des retards et des coûts importants pour l’entreprise.
En 2025, la SNCF a signalé 1 400 collisions avec des sangliers, une augmentation de 27 % par rapport à l’année précédente, soulignant la nécessité d'interventions efficaces. « C’est un réel problème à l’échelle européenne », insiste Gombart.
Une collaboration nécessaire pour un enjeu partagé
Bien que les sangliers ne soient pas officiellement classés nuisibles, leur population ne cesse d’augmenter, avec près de 900 000 individus abattus en 2025 selon Éric Baubet de l’Office français de la biodiversité. Les autorités travaillent avec des chasseurs pour essayer de contrôler cette surpopulation. "Il n’existe pas une solution unique, chaque situation doit être évaluée individuellement", estime Gombart.
D’ailleurs, à Beaumont-le-Roger, d’autres dispositifs ont été installés pour assurer la sécurité des passages à niveau. La SNCF envisage de déployer ces balises sur son réseau TGV, qui est censé être plus protégé des intrusions d'animaux.
« Nous devons collaborer avec les chasseurs et les agriculteurs pour gérer efficacement la cohabitation entre faune et trains », affirmait Jean Castex, PDG de la SNCF, dans une interview. Depuis, des effaroucheurs Safe ont également été mis en place sur d’autres lignes, comme celle d’Angers-Le Mans en Pays de la Loire.
Le coût par dispositif s'élève à 350 000 euros, un investissement que la SNCF espère voir diminuer avec une industrialisation du système, tout en recherchant des aides financières régionales pour étendre son déploiement.







