Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a signé une loi, entrée en vigueur lundi, qui double les peines infligées pour les relations homosexuelles, portant désormais la sanction à cinq à dix ans d'incarcération. Cette décision, qui a été publiée dans le journal officiel mardi, s'inscrit dans un climat de répression grandissant envers l'homosexualité dans le pays.
Cet état d'Afrique de l'Ouest, majoritairement musulman, a récemment vu un nombre alarmant d'arrestations de personnes suspectées d'homosexualité, avec une recrudescence des attaques sur les réseaux sociaux. Cette loi controversée a été adoptée le 11 mars à l'Assemblée nationale avec une écrasante majorité : 135 voix pour, aucune contre, et trois abstentions.
La législation comprend également des mesures pénales pour toute promotion ou financement d'activités homosexuelles. Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker Türk, a qualifié cette loi de "violation grave des droits humains". Par ailleurs, l'agence onusienne responsable de la lutte contre le Sida a unilatéralement exprimé ses préoccupations quant aux répercussions de cette législation sur la santé publique sénégalaise, en appelant le président à ne pas promulguer ce texte.
Malgré les critiques émanant d'organisations de défense des droits humains, les réactions internationales semblent moins virulentes que celles observées lors de l'adoption de lois similaires dans d'autres pays africains. Selon des rapports, plus de la moitié des pays africains interdisent toujours l'homosexualité, et certaines nations imposent même la peine de mort, comme en Ouganda et en Mauritanie.
Au Sénégal, la nouvelle loi inclut une peine maximale accrue si les actes sont commis avec des mineurs, et les amendes pour les infractions varient désormais de 2 à 10 millions de francs CFA (environ 3.048 à 15.244 euros), comparativement à 100.000 à 1,5 million de francs CFA (152 à 2.286 euros) précédemment.
Le texte prévoit également des sanctions pour ceux qui procéderaient à des dénonciations fausses ou malveillantes visant des présumés homosexuels. En effet, la catégorie de l'homosexualité a cristallisé des tensions grandissantes au Sénégal, exacerbé par l'arrestation de douze hommes en février, dont deux personnalités publiques, accusés d'"actes contre nature".
Cette vague d'arrestations s'est intensifiée, avec des rapports évoquant plusieurs dizaines de cas quotidiennement. Parmi ces individus, certains font l'objet d'accusations pour avoir délibérément transmis le VIH, augmentant les débats sur le sujet.
Certaines associations religieuses influentes au Sénégal militent pour la criminalisation de l'homosexualité, considérée comme une déviation inacceptable. Ce durcissement de la législation correspond à une promesse politique de longue date du gouvernement, qui espère ainsi consolider ses bases électorales.
La question de l'homosexualité est également souvent présentée comme un outil utilisé par l'Occident pour imposer des valeurs jugées étrangères à la culture locale. Le ministre de l'Intérieur, Mouhamadou Bamba Cissé, a décrit cette loi comme "une belle avancée" lors de son passage à l'Assemblée.
Diaraye Bâ, députée, a détaillé avec véhémence lors des débats que "les homosexuels ne respireront plus dans ce pays, et leur liberté d'expression est désormais révolue". Pour le Premier ministre Ousmane Sonko, bien que cette loi maintienne une qualification pénale des relations homosexuelles comme "délit", elle devrait suffire pour atteindre ses objectifs, tout en soufflant le chaud et le froid sur ses promesses électorales initiales de transformation dans ce domaine.







