"Par les temps qui courent, ce livre est assez téméraire", admet l'historien israélien Elie Barnavi à l'occasion de la publication de son nouvel ouvrage, le Dictionnaire amoureux d'Israël, qui se présente comme un "portrait nuancé" d'un pays souvent sujet à des opinions tranchées.
Contrairement aux idées reçues, Barnavi souligne qu'il n'y a jamais de moment idéal pour aborder des sujets délicats, surtout en période de conflit. "Y a-t-il vraiment un bon moment pour parler d'Israël?" s'interroge-t-il, en visitant Paris pour promouvoir son livre.
S'étendant sur 600 pages, cet ouvrage fait partie de la collection populaire Dictionnaire amoureux de..., lancée par l'éditeur Plon en 2000, et se distingue par son approche spécifique d'Israël. Barnavi, qui a écrit ce livre sur la demande de son éditeur, note : "Tout n'est pas amour dans ce Dictionnaire amoureux, loin s'en faut", insistant sur l'importance de la véracité historique dans son récit.
À 80 ans, l'auteur se décrit dans l'avant-propos comme un "patriote qui exècre le nationalisme" et un "juif de culture mais non religieux", plaidant pour une solution à deux États. Cette position lui a valu des critiques au sein de la communauté juive, mais il persiste à affirmer : "Mon intention reste celle d'un historien, ce qui est écrit doit être vrai".
Le dictionnaire contient près de 150 entrées, offrant ainsi un panorama culturel, social, politique et religieux d'Israël, que Barnavi décrit comme "l'un des pays les plus complexes au monde". Sa préoccupation principale ? L'absence de nuance dans les discours publics autour d'Israël, souvent trop radicaux et sans fondement.
Il consacre plusieurs chapitres à la compréhension du sionisme, se défendant d'en faire une vision monolithique comme le font ses opposants. "Le sionisme est pluriel, riche de divergences et de tendances", explique-t-il.
Concernant les figures importantes de l'histoire d'Israël, il choisit de ne pas aborder les dirigeants contemporains, à l'exception de David Ben Gourion, l'un des pères fondateurs de la nation. Quant à Benjamin Netanyahu, il précise : "Je suis ravi de ne pas avoir à parler de lui".
Le Dictionnaire amoureux d'Israël est publié en même temps que le Nouveau Dictionnaire amoureux de la Palestine d'Elias Sanbar, un ouvrage revisité de 2010. Les réflexions sur Israël abondent dans les librairies, notamment à travers des titres récents comme Aimer Jérusalem de Nathan Devers, qui questionne l'identité juive face aux crises contemporaines, ou Israël : une course vers l'abîme d'Omer Bartov, qui offre une vision inquiétante de l'avenir du pays.
Ce dernier souligne la nécessité d'une pression internationale pour éviter que les forces répressives n'envahissent davantage la société israélienne. Parallèlement, des experts comme Vincent Lemire et Bernard Philippe évoquent Jérusalem comme un axe crucial pour résoudre le conflit israélo-palestinien, suggérant qu'il est temps de réorienter les discussions de paix à partir de cette ville chargée d'histoire.







