Mardi, les chemins d'Elon Musk et de Sam Altman se sont croisés pour la première fois depuis longtemps lors d'un procès où le PDG de SpaceX accuse le patron d'OpenAI d'avoir trahi la mission philanthropique de leur entreprise commune, cofondée en 2015.
La juge Yvonne Gonzalez Rogers a rapidement réprimandé les deux hommes pour leurs échanges tendus sur X, l'ex-Twitter, et a obtenu leur engagement à ne pas commenter les procédures judiciaires en cours.
"Nous sommes ici aujourd'hui parce que les défendeurs ont volé une organisation caritative", a déclaré Steven Molo, l'avocat de Musk, soutenant que ce dernier avait investi sa fortune pour garantir le développement d'une IA sécurisée et ouverte.
Selon Musk, Sam Altman, Greg Brockman, le président d'OpenAI, ainsi que Microsoft, auraient dévoyé cet idéal pour en tirer profit, transformant OpenAI en un géant technologique évalué à 852 milliards de dollars.
Bill Savitt, avocate d'OpenAI, a riposté en qualifiant la plainte de Musk de "mascarade hypocrite". Il a affirmé que Musk avait accepté le passage à un modèle lucratif à condition de garder le contrôle à 55% de l'entreprise. Savitt a aussi accusé Musk de manipulation, affirmant qu'il utilisait sa promesse de don d'un milliard de dollars comme moyen de pression.
L'audience s'est intensifiée avec des affirmations selon lesquelles Musk aurait fait ce qui suit: se retirer lorsque sa vision n'a plus été suivie et n'aurait développé l'idée d'une "organisation caritative volée" qu'après avoir créé sa propre société, xAI. Savitt a soutenu que les allégations étaient prescrites, étant donné que Musk était déjà au courant des changements intervenus chez OpenAI entre 2018 et 2020.
Les témoignages, qui se poursuivent, verraient bientôt Musk s'exprimer, suivi de ceux de Sam Altman et de Satya Nadella, le PDG de Microsoft.
- Qui contrôle l'IA? -
Cet affrontement entre ces figures emblématiques de la tech soulève un questionnement essentiel : qui doit gouverner l'intelligence artificielle, et à qui profite-t-elle vraiment ? L’histoire débute en 2015 lorsque Sam Altman convainc Musk de fonder OpenAI pour développer une technologie accessible au monde. Musk y investit alors au moins 38 millions de dollars.
Cependant, après une rupture difficile à l'hiver 2017-2018, OpenAI se transforme en entreprise commerciale en 2019, et Microsoft commence à investir massivement, en augmentant sa participation à 13 milliards de dollars, valorisée désormais à environ 135 milliards.
Aujourd'hui, OpenAI est devenu un colosse commercial et envisage une entrée en bourse retentissante, tandis qu'Elon Musk a lancé sa propre entreprise, xAI, qu'il a intégrée à SpaceX, également valorisée à 1 250 milliards de dollars et candidate à une IPO.
- "Ralentir un concurrent" -
Le tribunal devra décider d'ici mi-mai trois questions essentielles : OpenAI a-t-elle enfreint sa mission originelle ? A-t-elle profité indûment ? Ses liens avec Microsoft violent-ils le droit de la concurrence ? Si Musk obtient gain de cause, il réclame le retour au statut non lucratif d'OpenAI, l'éviction de Sam Altman et Greg Brockman, et la rupture des relations avec Microsoft.
La juge, qui décidera seule et a limité le rôle du jury à un simple avis consultatif, examinera également l'opinion publique sur Musk, perçu à la fois comme un visionnaire et un personnage controversé, notamment suite à ses liens avec l'administration Trump. "C'est une légende, que vous l'aimiez ou non", a tenté de convaincre son avocat.







