Des porte-avions aux paquebots de croisière, les navires sont souvent des terrains fertiles pour la propagation de virus, en raison de la promiscuité à bord.
« Le pire endroit pour une épidémie, c'est un espace clos loin d'un secours, tel qu'un bateau en haute mer », explique l'historien américain Alfred Crosby dans son ouvrage Epidemic and Peace, 1918. Les navires ont toujours été des lieux propices à la propagation des maladies. « Le risque est double », note Jean-Pierre Auffray, président d’honneur de la Société française de médecine maritime (SFMM) : « Le transfert de la maladie à terre et l’infection à bord. »
« Des contacts prolongés, répétés et rapprochés »
« Les navires sont des milieux clos où les contacts sont fréquents et rapprochés, ce qui aide à la diffusion de certaines épidémies, notamment celles transmissibles par voie aérienne, comme la grippe et le Covid, ainsi que par contact ou par la nourriture, comme les épidémies de norovirus », souligne Jean-Pierre Auffray, qui publiera bientôt Infections en milieu maritime.
Le MV Hondius (1) a récemment été touché par un hantavirus potentiellement contagieux. En parallèle, plus de 1.700 personnes ont été confinées à bord d'un paquebot de croisière à Bordeaux après la mort d'un passager et des suspicions de gastro-entérite.
Durant la pandémie de Covid en 2020, de nombreux navires, comme le paquebot Zaandam, ont connu des épidémies. Ce dernier a été rejeté par plusieurs pays d’Amérique latine avant de pouvoir accoster à Floride, et le porte-avions Charles-de-Gaulle a aussi été fortement touché.
Les navires de croisière et de guerre, bien que différents par leur taille et leur public, partagent des similitudes dans les mécanismes de contagion : les passagers et l'équipage partagent fréquemment des espaces et des ressources.
La propagation d’une épidémie après le débarquement
« Nous avons appris de l’épidémie de Covid et avons procédé à des améliorations », explique Auffray. « Les systèmes de ventilation ont été modernisés pour mieux gérer les infections aéroportées. Sur certains navires, des cabines sont réservées pour isoler les malades, avec des circuits sanitaires spécifiques pour les soins et les déchets. La formation des médecins de bord a également été améliorée. »
Une inquiétude persiste quant aux épidémies pouvant se propager après le débarquement. Dans le passé, les passagers des bateaux en quarantaine étaient isolés dans des lazarets éloignés des ports. « À l’époque, la politique consistait à laisser mourir les malades sur leur bateau au lieu de les contaminer », rappelle Auffray.
Les passagers du MV Hondius ont été débarqués, et un suivi est désormais possible. « Nous pouvons tracer toutes les personnes ayant été en contact avec une personne infectée », a déclaré l’épidémiologiste Antoine Flahault.
Avant l'ère du transport aérien de masse, les navires circulaient sur les mers, répandant des épidémies, comme la peste noire, introduite en Méditerranée par des marins génois au XIVe siècle, après avoir été contaminés par des cadavres lors du siège de Caffa. « Malheur à nous qui… dispersions le poison de nos lèvres », écrivait le chroniqueur italien Gabriele de Mussis à cette époque.







