Ana, une Vénézuélienne, partage ses émotions après l'opération américaine qui a mené à l'enlèvement du président Nicolás Maduro. Alors que certains célèbrent ce tournant inattendu, d'autres redoutent la violence qui pourrait en découler.
« Quand j'ai appris ce qui se passait, j'ai été envahie par une vague d'émotions contradictoires », explique-t-elle. « D'un côté, il y avait ce sentiment d'espoir, presque d'allégresse face à une possible libération de notre pays. De l'autre, la peur viscérale que mes proches ne deviennent des victimes collatérales de cette situation inédite. »
Le lendemain de l'enlèvement, une frénésie d'achat a poussé de nombreux Vénézuéliens à faire des réserves de nourriture, mais les forces de police armées ont vite réprimé les mouvements dans certaines zones, ajoutant à l'anxiété ambiante. « Les agents fouillent les téléphones, vérifient vos messages, et la peur d'être emprisonné pour un mot de travers est omniprésente », souligne Ana, qui préfère rester anonyme par peur de représailles.
Un décret publié par le gouvernement le 3 janvier stipule clairement que les forces de police doivent traquer ceux qui soutiennent l'attaque, intensifiant ainsi la menace de répression dans un pays déjà habitué au silence imposé par des années de dictature. « Je crains plus pour la répression que pour la chute de Maduro. La violence pourrait empirer, car d'autres figures tout aussi sinistres sont encore en place », s'inquiète-t-elle.
Le 3 janvier, Chris Wright, ministre américain de l'Énergie, a affirmé que les États-Unis s'assureraient de contrôler le pétrole vénézuélien pour une durée indéfinie. Une situation que beaucoup regardent avec scepticisme. « C'est un paradoxe : while our oil is exploited by foreign powers, we struggle to access our own resources », dit Ana. Elle se demande si cette nouvelle dynamique pourrait finalement profiter au peuple vénézuélien. « Peut-être que les États-Unis pourraient faire quelque chose de positif ? Mais en attendant, nous restons dans l'incertitude. »
Les enjeux sont clairs : le président américain Donald Trump semble privilégier un pouvoir docile, plutôt qu'une opposition élue, pour garantir un accès facile au pétrole vénézuélien. Selon Jean-Louis Martin, analyste à l'Institut français des relations internationales (Ifri), « Trump préfère un régime chaviste sous contrôle qu'une démocratie qu'il serait contraint de négocier ». Ainsi, la lutte pour la liberté et la réforme politique du Venezuela pourrait être reléguée au second plan, alors que l'attention se concentre sur le pétrole et les intérêts économiques.
Dans un climat d'incertitude, de répression permanente et d'espoirs de renouveau, le peuple vénézuélien se retrouve à naviguer dans des eaux troubles.







