Les partis et mouvements prokurdes en Turquie ont exprimé leur solidarité avec les Kurdes de Syrie, menaçant ainsi de faire dérailler les pourparlers de paix avec le PKK, la guérilla kurde turque. Des manifestations ont éclaté près de la frontière syrienne, où plus d'un millier de personnes ont tenté de forcer le passage au poste-frontière de Nusaybin, en face de Qamichli, une ville sous contrôle des Forces démocratiques syriennes (FDS) qui luttent actuellement contre l'attaque de Damas.
“Nous voulons que ce bain de sang cesse. Plus aucun sang kurde ne doit être versé!”, a déclaré Salih Duman, un retraité de 72 ans, lors des manifestations, rapportées par l'AFP.
D'autres rassemblements ont eu lieu dans plusieurs grandes villes turques, y compris Ankara et Istanbul, où des femmes ont convergé vers le consulat syrien, appelant à défendre le Rojava, une région autonome kurde en Syrie. Ses manifestants ont dénoncé l'oppression croissante et demandé un cessez-le-feu durable, malgré l'annonce d'un armistice de quatre jours de Damas.
Les tensions ont conduit à l'arrestation de 77 personnes en Turquie, incluant un journaliste français, Raphaël Boukandoura, qui couvrait les événements, selon son avocate. Des experts, comme le politologue turc Ahmet İnsel, soulignent que la mobilisation des Kurdes en Turquie pourrait raviver les vieux démons du conflit, menant à des escalades de violence.
Le PKK a récemment déclaré qu'il n'abandonnerait jamais les Kurdes de Syrie en réponse à l'appel à la « résistance » lancé par les FDS. Ce climat de tension est exacerbée par les déclarations du ministre turc de l'Intérieur, Ali Yerlikaya, qui a averti qu'aucune provocation ne serait tolérée aux abords de la frontière et a exprimé son soutien à l'offensive syrienne.
Le processus de paix entre Ankara et le PKK, initié en octobre 2024, vise à mettre fin aux confrontations qui ont fait plus de 50 000 morts et soulève des inquiétudes quant à sa pérennité face à cette nouvelle crise. Dans ce contexte, la présidence syrienne a noté une « entente » avec les Kurdes dans la région de Hassaké, afin d’éviter une entrée de l’armée dans ces localités.
Les prochains jours seront critiques pour les Kurdes de Syrie, alors que la communauté internationale observe attentivement l’évolution de cette crise. Le soutien turc à l'assaillant syrien, à travers les paroles du président Erdogan, attire également l'attention sur le rôle géopolitique de la Turquie dans la région.







