Berlin (AFP) – Ce jeudi, le Bundestag est appelé à adopter une loi tant attendue pour renforcer la protection des infrastructures critiques en Allemagne. Ce projet de loi intervient dans un contexte marqué par des actes de sabotage, souvent attribués à la Russie.
À 12H15 (11H15 GMT), les députés se pencheront sur le texte proposé par le ministre de l'Intérieur, Alexander Dobrindt. Le ministre a également annoncé le 21 mars une récompense d’un million d’euros pour ceux qui signaleraient les auteurs de sabotages, en référence à une importante coupure d’électricité survenue à Berlin en janvier dernier.
Cette panne, causée par un incendie criminel sur une installation électrique, a plongé plus de 100.000 personnes dans le noir, perturbant le chauffage, les réseaux de télécommunication et les transports en commun pendant plusieurs jours. "La vulnérabilité de notre société est désormais bien évidente", a souligné le chancelier Friedrich Merz.
Des infrastructures exposées
Cette attaque n'est pas isolée; plusieurs sites essentiels, tels que câbles de communication, lignes ferroviaires et aéroports, ont récemment été la cible d'actes de sabotage.
Le nouveau texte de loi, aligné sur les directives européennes, imposera à environ 1.700 fournisseurs de services essentiels (eau, énergie, établissements de santé) d'identifier leurs vulnérabilités et de renforcer leurs mesures de protection. Les infrastructures concernées, qui fournissent des services à plus de 500.000 personnes, devront mettre en place des plans d'urgence et des sources d'énergie alternatives.
Bien que le gouvernement célèbre cette avancée, des critiques émergent, comme celles du député vert Konstantin von Notz, qui juge la réforme "insuffisante et tardive". La première économie européenne, tout en soutenant militairement l'Ukraine, est confrontée à des défis en matière d'équipement militaire et d'infrastructures.
Le ministre de la Défense, Boris Pistorius, a averti que le nombre d'attaques hybrides en Europe augmente. Cela comprend des cyberattaques, des actes de sabotage en mer Baltique et des espions par drones.
La loi imposera aux exploitants de systèmes critiques de procéder à des audits réguliers, d’alerter les autorités en cas d’incident, et de former leur personnel aux protocoles de sécurité.
Cependant, plusieurs organisations d'entreprises mettent en garde contre l'alourdissement bureaucratique que cela pourrait engendrer sans garantir une meilleure sécurité. De plus, le seuil de 500.000 habitants pour définir une infrastructure critique est contesté.
des mesures urgentes
La coupure d'électricité à Berlin a révélé les effets domino d'un tel incident sur les réseaux mobiles, le chauffage urbain et les transports publics. Pour Von Notz, le projet de loi est "loin de répondre aux exigences" d'une protection systémique des infrastructures critiques.
Daniel Hiller, expert en sécurité à l’Institut Fraunhofer, souligne que face à la complexité et l’interdépendance des infrastructures modernes, il est difficile d’assurer une sécurité totale contre toutes les menaces. "Qui prétend qu'une sécurité à 100 % est possible induit en erreur", affirme-t-il.
Sabrina Schulz, directrice pour l'Allemagne du groupe de réflexion European Initiative, estime qu'il est crucial de créer des systèmes de redondance qui puissent prendre le relais en cas de défaillance. Elle compare l'importance de renforcer les infrastructures à celle de développer des équipements militaires, affirmant que c'est "au moins aussi nécessaire que les chars et drones".
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