Entre interruptions soudaines et échanges musclés, l'audition de Xavier Niel et Matthieu Pigasse devant la commission d'enquête sur l'audiovisuel public a pris des allures de combat verbal. Les protagonistes ont vivement débattu de l'influence d'un acteur majeur, Mediawan, sur ce secteur vital.
Xavier Niel, vêtu d'une chemise blanche et d'un jean, apparaissait décontracté, mais son intervention a rapidement dégénéré. À ses côtés, Matthieu Pigasse, arborant un costume plus formel, a également vu son calme se fissurer. Un moment marquant a été l'apparition du président du fonds d'investissement KKR en France, Jérôme Nommé, un investisseur clé dans Mediawan, qui a été au centre des préoccupations des membres de la commission.
Selon Charles Alloncle, la maison Mediawan détient le plus de contrats avec France Télévisions, atteignant près de 110 millions d'euros par an. Cela soulève des interrogations sur la dépendance de l'audiovisuel public envers le secteur privé.
Des tensions palpables en séance
La tension est montée dès le début de la séance. Niel, peu enclin à céder au formalisme, a brusquement interpelé le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, sur son absence lors d'une première audition en visioconférence, annulée à la dernière minute. Niel a non seulement remis en question la légitimité de la commission, mais a également qualifié le débat de "cirque", aggravant un climat déjà électrique.
Les échanges se sont intensifiés, avec Niel accusant les membres de la commission d'être trop coûteux pour le contribuable français. "Vous coûtez 11 000 euros par mois aux Français !", a-t-il lancé, provoquant des réactions vives de ses interlocuteurs.
Après une suspension de séance, l'audition a repris, mais la tension n'était pas retombée. Matthieu Pigasse, bien que d'abord poli dans ses réponses, a pris rapidement un ton plus amer, critiquant les méthodes d'interrogation de ses collègues. Pigasse, qui considère l'audiovisuel comme un champ de bataille politique, n'a pas hésité à jeter de l'huile sur le feu en évoquant son passé chez Lazard et ses connections douteuses, accentuant d'autant plus les divisions.
Les ambitions de Pigasse dévoilées
Pigasse a avoué que ses préoccupations dépassent les simples affaires : "Je mets mes intérêts financiers au service de mes idées," disait-il. Il n'est pas étranger à la sphère politique, avec des ambitions pour une candidature à l'Élysée en 2027. Cette ambition a de quoi soulever des scepticismes quant à ses commentaires sur le service public.
"J'ai grandi dans un petit village de la Manche, il n'y avait pas de chapelle dans le jardin, contrairement à Monsieur Bolloré…" a-t-il ironisé, insinuant une certaine légèreté dans les croyances de ses collègues.
Les accusations concernant ses alliances passées avec des régimes controversés, tel que celui de Hugo Chavez au Venezuela, continuent d'ombrager son image tout en alimentant le débat sur le conflit d'intérêt au sein de l'audiovisuel public.
Les yeux rivés sur le service public
La bienveillance de France Télévisions envers Mediawan a également été pointée du doigt lors des délibérations. Les liens entre Niel et l’émission "C à vous" ont soulevé des questions déontologiques, notamment après une mise en demeure d’Arcom sur la séparation des intérêts privés et publics. Pour Niel, ces préoccupations semblent d'une autre époque : "La seule personne qui ne peut pas être invitée ici, c'est moi," a-t-il souvent déclaré, minimisant ainsi les enjeux.
En fin de séance, alors que l'audition de Delphine Ernotte-Cunci se profile pour la semaine prochaine, l'atmosphère s'annonce déjà houleuse. La présidente de France Télévisions devra répondre à des interrogations cruciales révélées par ces dernières semaines. La commission sur l'audiovisuel public, loin d'être une simple formalité, se dessine comme une scène de confrontation essentielle.







