Lors d’un colloque dédié à Pierre Drai, Peimane Ghaleh-Marzban s’est élevé contre les attaques dirigées vers les magistrats, à la suite du meurtre de Lyhanna, survenu il y a quelques mois. Il a appelé les responsables politiques à éviter des solutions simplistes qui nuisent à l’intégrité de la justice.
Dans ses remarques, Ghaleh-Marzban a évoqué les mises en garde passées de Drai contre la tristement célèbre méfiance envers les juges, une attitude fertile qui pourrait alimenter des propositions dangereuses sur la responsabilité des magistrats et leur organe de contrôle, le Conseil supérieur de la magistrature.
Il a souligné que ce climat de méfiance, « si commode », permet d'éluder les véritables crises systémiques, en particulier en ce qui concerne la protection de l'enfance. Malgré les efforts déployés, il a déploré le manque de moyens attribués aux services judiciaires, rendant difficile leur capacité à accomplir leurs missions dans les meilleures conditions. Cette préoccupation a pris de l'ampleur alors que la question des ressources a récemment émergé comme un sujet central du débat public, notamment en période préélectorale.
Sous le feu des critiques
Les magistrats se retrouvent au cœur des polémiques concernant le suivi de Jérôme Barella, le présumé meurtrier de Lyhanna. Bien qu’il ait été signalé plusieurs fois pour des comportements inquiétants envers d’autres mineurs, il n'avait jamais été interpellé. Ce manque de réactivité est dénoncé par de nombreux magistrats qui, submergés par une charge de travail écrasante, peinent à respecter les priorités imposées par Gérald Darmanin, ministre de la Justice.
À la suite d'un rapport d’inspection, Darmanin a déjà sanctionné une substitut du parquet d’Auch et a lancé une enquête administrative, invitant le Conseil supérieur de la magistrature à décider de potentielles mesures disciplinaires. Ces décisions ont été mal perçues par certains, qui y voient une réaction précipitée et un moyen d'éviter l'auto-évaluation des systèmes en place.
Une solution inefficace ?
Le drame de Lyhanna a provoqué des réflexions au plus haut niveau du gouvernement. Darmanin a proposé d'instaurer des fiches administratives pour surveiller les pédocriminels, un dispositif inspiré des fiches de sécurité actuellement en usage. De plus, il a évoqué des révisions législatives pour permettre aux victimes d'interroger plus facilement les magistrats sur leurs décisions.
Cependant, ces mesures suscitent des inquiétudes : les critiques soulignent qu'elles ne répondent pas aux besoins fondamentaux de réforme du système judiciaire. Les hauts magistrats, Christophe Soulard et Rémy Heitz, ont également mis en avant une « mécanique du bouc émissaire », avertissant que cette réaction pourrait avoir des conséquences graves sur la protection de l'enfance à l'avenir.
Peimane Ghaleh-Marzban a conclu en affirmant que la tragédie de Lyhanna a profondément affecté l’ensemble de la société et que l'attribution de responsabilités aux juges ne doit pas masquer la nécessité de réformer en profondeur un système judiciaire en crise.







