Cette militante iranienne, exilée et passée par la torture dans les années 1980, lance un cri de désespoir face à la "sauvagerie" d'un régime qui mène une guerre contre son propre peuple. Elle exhorte la communauté internationale à ne pas tourner le dos aux Iraniens, déjà éprouvés par une répression sanglante, à la suite des événements tumultueux qui ont suivi le retrait des États-Unis de l'accord nucléaire.
Il y a plus de quatre décennies, j'ai été incarcérée en Iran pour avoir défendu les droits des femmes et dénoncé les violations des droits humains. Huit années durant, j'ai souffert dans la tristement célèbre prison d'Evin, et chaque détail de cette expérience reste gravé en moi.
Régulièrement, l'Iran est le théâtre de soulèvements populaires, chacun plus intense que le précédent. Les revendications restent constantes depuis les années 1980 : mettre fin à la pauvreté, à la corruption, et garantir le droit à la manifestation sans répression.
Le régime terrorise le peuple
Depuis 2022, les droits des femmes ont légèrement progressé grâce au mouvement "Femme, vie, liberté", mais les travailleurs sont toujours privés de leurs droits fondamentaux. Des étudiants se retrouvent arrêtés, voire exécutés, pour avoir osé s'exprimer pacifiquement. Pendant ce temps, des hommes et des femmes continuent de risquer leur vie pour dénoncer la torture et la violence d’État.
La réaction du régime a été particulièrement brutale cette fois-ci. Les rapports d'organisations de défense des droits humains font état de tirs à balles réelles sur des manifestants pacifiques. J'ai été dévastée en voyant des familles à la recherche de leurs proches parmi des sacs mortuaires.
Selon l'ONG Human Rights Activists News Agency, au bout de 17 jours de contestation, plus de 18 000 personnes ont été arrêtées, et des aveux forcés ont été diffusés à la télévision d'État. Ces événements éveille en moi des souvenirs douloureux de mes propres années d'emprisonnement, lorsque tant d'autres ont été soumis à la torture pour qu'ils "avouent" des crimes qu'ils n'avaient pas commis.
Le régime sème la terreur : commerces incendiés, bazars historiques détruits. Des rapports indiquent même que des médecins reçoivent l'ordre de ne pas soigner les manifestants blessés, certains étant enlevés directement depuis leur lit d’hôpital.
Replongés dans les pires cauchemars
Les événements évoluent rapidement. Des véhicules militaires patrouillent dans Téhéran, arrêtant quiconque oserait sortir de chez lui. Pour ceux d'entre nous vivant en exil, l'angoisse est palpable : depuis plus d'une semaine, les communications sont presque impossibles. Les rares vidéos qui nous parviennent sont d'une qualité médiocre, mais elles ravivent des souvenirs atroces.
Lorsque j'ai fui l'Iran, j'ai tout perdu : ma famille, mes amis, mon foyer. Mais je fais partie des chanceux ayant survécu. Beaucoup d'autres n'ont pas eu cette chance. L'association Freedom from Torture a d'ailleurs soutenu plus de survivants iraniens qu'aucune autre nationalité en 2024. Pour ceux qui ont échappé à cette horreur, entendre parler des nouveaux actes de sauvagerie est une véritable épreuve.
Mon cœur saigne
Je ressens une douleur indescriptible pour mon pays. Depuis des générations, l'Iran mène une guerre impitoyable contre son propre peuple. Bien que notre société soit profondément blessée, le statu quo ne peut perdurer : le peuple iranien continuera à se battre pour ses droits et sa liberté.
Les dirigeants utilisent la torture pour faire taire leurs opposants et instiller la peur. Ils ont tenté de me réduire au silence car j’ai osé rêver de liberté et d’égalité. Aujourd’hui, je fais entendre ma voix pour dénoncer ces atrocités et demander au monde de s'unir et de soutenir le peuple iranien.







