Dans une étude menée dans quatre régions françaises, l'association Zero Waste France a mis en lumière les insuffisances de l'expérimentation de la consigne pour réemploi. De la Bretagne à la Normandie, en passant par les Pays-de-la-Loire et les Hauts-de-France, les constatations montrent des avancées bien trop faibles et des produits affichant des prix plus élevés.
Qualifiée de « faux départ » pour la consigne de réemploi, cette initiative, débutée il y a un an, peine à atteindre ses objectifs. Comme l'explique l'association, contrairement à la consigne pour le recyclage qui implique de transformer les matériaux, le réemploi consiste simplement à laver et réutiliser les contenants. Ce système est censé réduire la dépendance au plastique.
Mise en œuvre dans 367 enseignes comme Monoprix, Intermarché et Carrefour, l'expérimentation gérée par Ceteo, l'un des principaux éco-organismes, ne respecte pas les objectifs ambitieux fixés par la loi AGEC de 2020, qui vise 5 % d'emballages réemployés d'ici 2023. Selon les derniers chiffres de l'Ademe, la France n'atteint actuellement que 1,6 % de réemploi, une situation qualifiée de « stagnation forte » par Bastien Faure, directeur général de Zero Waste France.
« Le dispositif est déployé de manière très hétérogène »
« Après un an, nous constatons un désengagement significatif des distributeurs, très peu de magasins continuent l'activation « , explique Marine Bonavita, responsable de la réduction plastique chez Zero Waste. Sur les 74 magasins visités, une moyenne de seulement 9 références réemployables a été constatée, noyées parmi 10 000 à 40 000 produits en rayon.
Autre problème majeur, les produits réemployables sont souvent plus coûteux. Marine Bonavita précise que, par exemple, une bouteille de vin a augmenté de 12 % et une bouteille de jus d'orange de 25 %, sans compter la consigne, qui oscille entre 10 et 20 centimes. Cela réduit considérablement l'attractivité de ces produits pour le consommateur.
« Le dispositif est déployé de manière très hétérogène », enchaîne Marine Bonavita. Pour Bastien Faure, « il est crucial d'avoir des moyens solides pour rendre le réemploi compétitif face aux alternatives jetables. Actuellement, avec le soutien apporté par Citeo, les conditions ne sont pas réunies. »
Les répercussions de cette mise en œuvre timide pourraient être désastreuses. À l'heure où, selon des sources telles que l'Humanité, les pouvoirs publics privilégient la consigne pour recyclage, cela va à l'encontre de la hiérarchie énoncée par le décret « 3R », qui encourage la réduction, le réemploi et enfin le recyclage. Cette stratégie pourrait à terme renforcer la dépendance aux plastiques.
Bastien Faure craint que cette situation ne soit interprétée comme une désaffection des Français pour le réemploi. « Ce n'est pas la volonté des consommateurs, mais bien le manque de conditions adéquates. Le secteur de la consigne pour réemploi est encore dans ses balbutiements », ajoute-t-il, en alertant sur le fait que les centres de lavage ne fonctionnent qu'à 30-50 % de leur capacité.







