La question des limitations de vitesse sur les routes nationales soulève de vives discussions. À l’heure actuelle, 52 départements en France ont décidé de rétablir partiellement ou entièrement la vitesse permise à 90 km/h. Ce changement complique la tâche des automobilistes, qui peinent à naviguer entre les différentes réglementations.
Depuis le 1er janvier 2018, les départements avaient été contraints de limiter la vitesse à 80 km/h sur les routes à chaussées uniques sans séparateur central. Toutefois, à la suite de la loi d’orientation des mobilités de décembre 2019, beaucoup de territoires ont revisité cette politique, permettant ainsi à des zones comme le département de l'Eure de relever à nouveau la limite à 90 km/h depuis le 9 février.
Aujourd’hui, 52 départements, représentant plus de la moitié du total, ont engagé ce retour à la vitesse précédente. Cela représente plus de 61 000 km de routes où la circulation peut désormais fluctuer entre 70, 80 et 90 km/h, selon les tronçons et les dangers identifiés. En effet, cela concerne un réseau routier de près de 900 000 kilomètres à travers le pays.
Edouard Philippe dans le viseur
Ce revirement témoigne d'un mécontentement durable envers la mesure de 80 km/h, jugée impopulaire depuis son introduction par l'ancien Premier ministre Édouard Philippe. Cette décision avait fortement contribué aux frustrations qui ont nourri le mouvement des Gilets jaunes. Huit ans plus tard, de nombreuses voix s’élèvent pour critiquer ce choix, comme celle d’Arnaud Viala, président du conseil départemental de l’Aveyron, qui affirme : "Cette limitation était une erreur" dans La Dépêche du Midi.
Philippe, quant à lui, a reconnu les critiques lors d’une récente interview sur Sud Radio, laissant entendre qu'il aurait pu agir différemment tout en insistant sur l'objectif de safety publique. Cependant, son approche semble avoir perdu en crédibilité, surtout face aux coûts engendrés par ces changements de signalisation routière, qui s’élèvent à environ 80 euros par panneau.
Dans l’Aveyron, le retour à 90 km/h a été rapide. Depuis juillet 2022, le conseil départemental permet aux conducteurs de prendre de la vitesse. Viala a encore précisé : "Cette réforme n’a conduit qu’à de la confusion". D’autres départements, comme le Gers et le Tarn, ont fait de même, mais certains restent ancrés dans le modèle des 80 km/h, tels que la Haute-Garonne.
Des analystes de la situation estiment que la limitation à 80 km/h n’a pas eu l’impact attendu sur la sécurité routière. Pierre Lagache, vice-président de la Ligue contre la violence routière, soutient une vision contraire, indiquant qu’elle a permis d’éviter environ 350 décès. Pourtant, les statistiques demeurent préoccupantes, oscillant entre 3000 et 3500 morts par an depuis 2013, sauf pour l'année 2020, marquée par la pandémie de Covid-19.
Sécurité routière : une tendance inquiétante pour 2025
Les chiffres relatifs à la sécurité routière pour 2025, dévoilés par l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), n’inspirent pas confiance : 3 260 décès ont été enregistrés, soit une hausse de 2,1 % par rapport à 2024. En Outre-Mer, la situation est encore plus dramatique avec 253 décès supplémentaires.
Marie-Pierre Védrenne, ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur, a reconnu que ces chiffres sont préoccupants et que de nombreux accidents auraient pu être évités. Les utilisateurs de voitures continuent de représenter une part importante des victimes, représentant 48 % des morts sur les routes.
Malgré tout, une lueur d'espoir émerge avec la baisse du nombre de décès parmi les motocyclistes, un chiffre qui descend de 691 cette année. L’avenir des routes françaises reste à bâtir, alors que les débats sur la sécurité et la vitesse continuent d’agiter l’opinion publique.







