Le dernier film du réalisateur Xavier Giannoli, 'Les Rayons et les ombres', dévoilé ce mercredi, remémore les douloureux souvenirs de l’Occupation à Vernon, dans l’Eure. Le film retrace l’histoire de Jean Luchaire, un patron de presse collaborationniste exécuté en 1946, et de sa fille Corinne, interprétés par Jean Dujardin et Nastya Golubeva.
C'est dans cette commune gravement touchée par les bombardements en 1940 que Luchaire acquiert le château Saint-Lazare, une bâtisse entourée d'un vaste parc. Ce manoir, anciennement une léproserie, devient son refuge à partir de 1942 jusqu'en 1944.
Seule subsiste l’aile nord, le reste a été détruit
« Sa décision de se retirer ici était surtout influencée par l'état de santé de sa fille, atteinte de tuberculose », relate Alexandre Révérend, résident actuel de l’aile nord du manoir désormais en ruines depuis 1971. Luchaire espérait qu'un changement de cadre pourrait améliorer la santé de sa fille, malgré l'échec de cette entreprise.
Couvée par un système vichyste, la famille Luchaire menait une vie fastueuse, faisant appel au marché noir alors que la population locale faisait face aux strictes rationnements. « Les soirées extravagantes au manoir créaient un décalage insupportable pour les habitants », ajoute Révérend, passionné par l’histoire parfois sombre de cette résidence.
Les souvenirs de cette période, tels les bunkers dissimulés par les Normands, s'effacent progressivement. Le récit de l’actrice Corinne, qui disparaît prématurément à 28 ans, devient difficile à dénicher, se trouvant parfois dans des librairies d’un certain courant politique. Révérend se remémore un dîner qu'il a partagé avec Giannoli et Dujardin, dans lequel ils ont échangé sur ce pan méconnu de l'Histoire.
Bien que le film de Giannoli n’explore pas le château Saint-Lazare, les festivités décrites rappellent inévitablement les célébrations qui s’y déroulaient, illustrant les espoirs pacifistes d’un homme dont le relâchement moral était causé par l’appât du gain.







