Werner au McDo. Temps de lecture : 3,57 min
Tous les huit ans, j'ai l'honneur de partager un repas avec Werner Küchler, considéré comme l'un des meilleurs directeurs de salle en Europe. Actuellement au Relais Plaza, avenue Montaigne, à Paris, il incarne l'excellence et le professionnalisme, semblable à son ancien client, le célèbre chef d'orchestre Herbert von Karajan. Ce dernier avait souvent sa table au Relais, où il suivait un menu bien précis : potage de légumes, sole meunière et une carafe de Bordeaux. Lorsque Karajan quittait les lieux, il recevait toujours une standing ovation, témoignant de l'admiration qu'il suscitait. La mort de Karajan en 1989 a profondément marqué Werner, qui aurait pu continuer avec Deutsche Gramophon, mais il a choisi de rester à Paris, affichant un enthousiasme sans limites, notamment pour le cyclisme, et une sagesse qu'il résume par la phrase : "Résister, apprendre à marcher du côté ensoleillé de la vie…".
Destination surprenante : McDonald's
La question se pose : où amener un homme de goût comme lui pour déjeuner ? Les restaurants chics semblent trop formels, la mode trop passagère, et l'amateurisme aurait pu le désenchanter. La réponse s'est imposée : McDonald's. Nous avons fixé notre rendez-vous devant celui du boulevard des Italiens. Pour éviter de tomber dans le piège des heures d'affluence, nous avons opté pour midi dix. Aucune attente à la caisse, un sourire accueillant d'une employée, et direction le premier étage, où des tables baignent dans une lumière agréable. Werner, en observateur affûté, note la propreté des vitres et l'organisation de l'espace, même s'il déplore une banquette abîmée. Malgré la musique un peu forte, l'expérience s'avère plutôt agréable.
Une élégance inattendue dans la simplicité
Assister à ce moment avec Werner, vêtu d'un blouson bleu marine et d'une chemise en popeline, est une véritable leçon d'élégance. Même pour déguster un hamburger, il n'est pas question de bâfrer. Il utilise ses dents avec délicatesse, comme pour prendre une empreinte chez le dentiste, savourant les textures et les saveurs du sandwich. Werner reconnaît que McDonald's a beaucoup progressé depuis dix ans.
Il a même ses habitudes dans ce fast-food : "À Baden-Baden, je m'y rends souvent, ruinant trois journées en un repas. Je n'en suis pas fier." Assis autour de nous, de jeunes professionnels cherchent à rester incognito, dans une atmosphère à la fois cocasse et vivante. Trente minutes plus tard, notre déjeuner terminé, nous sortons sur le trottoir, revigorés par cette expérience inattendue.







