Des arômes délicieux d'ail, de piment et de viande grillée envahissent les rues de Bangkok, véritable sanctuaire de la street food. Cependant, cette culture emblématique est aujourd'hui sous la menace d'une réglementation stricte mise en place par les autorités.
Avec une clientèle composée tant des habitants que des touristes, la street food transforme la mégapole thaïlandaise en une immense cantine en plein air, de l'aube jusqu'à tard dans la nuit.
La situation est inquiétante pour de nombreux vendeurs ambulants, depuis que les autorités cherchent à déplacer les stands situés sur les trottoirs vers des marchés dédiés, une initiative qui remonte à quelques années.
"Je suis très préoccupée car notre présence ici est illégale", déclare Looknam Sinwirakit, qui a récemment reçu une amende de 1.000 bahts (environ 26 euros) pour avoir obstrué une rue dans le quartier animé de Chinatown. "Cela vaut vraiment le risque, mais si on nous demande de partir, nous n'aurons pas le choix".
- "Pas de plan B" -
À proximité, Wong Jaidee, vendeur de durians depuis 20 ans, partage ses préoccupations : "Je n'ai aucune alternative", dit-il. "La vie à Bangkok est coûteuse et nous pourrions avoir du mal à nous adapter".
Depuis 2022, le nombre de vendeurs ambulants a chuté de plus de 60%, soit une perte d'environ 10.000 commerces, selon les données de l'administration métropolitaine de Bangkok (BMA). Certains vendeurs ont opté pour des lieux moins formels ou des espaces spécifiquement réaménagés pour la restauration ambulante.
Cependant, beaucoup ont dû abandonner leur activité face à des règles plus strictes et à une rentabilité incertaine, comme l'explique Kunanop Lertpraiwan de la BMA.
La municipalité s'est principalement attaquée aux vendeurs qui gênent la circulation piétonne dans les zones fréquentées. Ceux situés dans des rues moins passantes ont pu bénéficier d'une certaine souplesse, comme l'indique un responsable de la BMA : "Nous travaillons avec eux en toute transparence, et certains ont plusieurs mois pour trouver un nouvel emplacement".
- De meilleures conditions -
Parmi les solutions, plusieurs centres de restauration ont vu le jour, rassemblant des vendeurs qui étaient auparavant dispersés dans les rues. Ces derniers paient désormais 60 bahts par jour pour y tenir un stand, révèle la BMA. Panissara Piyasomroj, qui vend des nouilles depuis 2004 dans un parc, a choisi de déménager, séduite par l'accès à l'eau et à l'électricité.
Sous un abri frais, elle se réjouit de voir son commerce "revalorisé et beaucoup plus propre". Pour d'autres, la perspective de quitter leur environnement habituel soulève des inquiétudes. "Je vis ici, et j'aime cet endroit. Si on me demande de partir, je me sentirai perdue", confie Thitisakulthip Sang-uamsap, 67 ans, qui vend des beignets de légumes frits depuis plus de quatre décennies. Elle espère que les autorités feront preuve de clémence envers les commerçants âgés et à faibles revenus.
Pour certains touristes, les rues bondées de Bangkok, parfumées de calamars grillés et d'autres délices, font partie intégrante du charme de la ville. "Ce serait triste si ces vendeurs disparaissaient. C'est un élément fondamental de la culture thaïlandaise", observe Oliver Peter, un visiteur allemand.







