Ces dernières années, l’intérêt pour l’extraction des métaux contenus dans les fonds marins s’intensifie, comparé à un nouveau "far west" minier. Comme le rapporte le média Le Monde, diverses entreprises s'efforcent de sécuriser l'accès à des ressources telles que le nickel et le cobalt, en réaction à une demande mondiale croissante.
Le mois dernier, la société canadienne The Metals Company (TMC) a fait savoir qu'elle visait à obtenir un permis d'exploitation dans les eaux internationales d'ici le premier trimestre 2027. Son projet s'étend sur 65.000 kilomètres carrés au large de la zone Clarion-Clipperton, dans l'océan Pacifique, un espace comparable à la taille du Sri Lanka.
TMC prévoit de récolter des nodules polymétalliques, des formations de plusieurs centimètres, enfouies à des profondeurs de 4 à 6.000 mètres. Ces nodules, riches en métaux tels que le fer, le nickel et le cuivre, sont indispensables à des technologies modernes, notamment les batteries électriques.
Selon l'Institut français pour l'exploitation de la mer (Ifremer), la formation de ces nodules est un processus extrêmement lent, s'étalant sur des milliers d'années. Ce phénomène a été qualifié de "phénomène géologique parmi les plus lents" par Florent Besson, géologue, ce qui soulève des questions éthiques sur l'exploitation de ressources naturellement formées sur de telles échelles temporelles.
Des projets dans le Pacifique et en Arctique
La pression pour exploiter ces écosystèmes fragiles est croissante, comme l'indiquent plusieurs projets en cours. L'entreprise TMC a obtenu le soutien de l'État insulaire de Nauru et travaille en collaboration avec d'autres sociétés pour développer des projets similaires. Toutefois, la Norvège a également annoncé le début d'explorations dans ses fonds marins à Svalbard pour 2024.
Les critiques ne se font pas attendre. Selon un rapport diffusé par l'ONG Greenpeace, les projets d'extraction pourraient endommager de façon irréversible des écosystèmes marins, nuisant ainsi au stockage naturel de carbone et affectant le mode de vie des populations côtières.
Pour Emmanuel Macron, "protéger les grands fonds marins est un impératif non seulement juridique, mais aussi environnemental et économique".
Tandis que certains pays plaident pour un moratoire sur ces activités, des entreprises américaines comme TMC poursuivent leur chemin dans ces eaux troubles. La NOAA a récemment validé une de leurs demandes d'exploitation, affirmant qu'elle respectait toutes les exigences réglementaires.
Les impacts potentiels de l'extraction sous-marine suscitent d'importantes préoccupations parmi la communauté scientifique et écologique. Les entreprises avancent des arguments économiques, se basant sur l'estimation que les opérations sous-marines auraient un impact environnemental réduit par rapport à l'exploitation terrestre. Cependant, des experts indiquent que les conséquences en termes de destruction d'écosystèmes marins demeurent inquiétantes.
Une opposition croissante
Des entreprises leaders telles qu'Apple, Google et Samsung se sont publiquement opposées à l’extraction profonde, appelant à un moratoire sur ces projets. Virginie de Chassey, directrice du développement durable de l'entreprise française Eramet, a déclaré que cette industrie pourrait "ouvrir une boîte de Pandore".
Alors que le monde s'oriente vers une transition énergétique basée sur des métaux critiques, la question se pose : les mines terrestres suffiront-elles ? Selon un rapport du Sénat français, le marché de l'extraction minière sous-marine est encore immature, avec des coûts d'investissement exorbitants. Cette situation alimente un débat complexe mêlant enjeux environnementaux, économiques et sociétaux.







