Keir Starmer est-il condamné à connaître le même sort que Liz Truss ? Depuis la cuisante défaite du Parti travailliste lors des élections locales la semaine dernière, le Premier ministre britannique se retrouve dans une position de vulnérabilité inédite, avec des appels à sa démission qui se multiplient au sein de son propre camp.
Ce mardi, la pression sur le chef de gouvernement, en poste depuis 2024, a culminé avec le départ de deux secrétaires d'État qui ont claqué la porte en signe de désaccord :
"Je ne peux plus continuer sous cette direction," a déclaré Jess Phillips, responsable de la lutte contre les violences faites aux femmes, dans un courrier.
Des rendements obligataires à la hausse
La possible réémergence de l’instabilité politique a de nouveau plongé les marchés obligataires britanniques dans l'inquiétude. Le taux d'intérêt à 30 ans a atteint un sommet de 5,814%, le plus élevé depuis 1998, tandis que le taux à 10 ans, désormais à 5,135%, retrouve des niveaux similaires à ceux de la crise financière de 2008. En comparaison, les rendements de la France n’ont crû que de 0,17 point de pourcentage durant cette même période.
Cette flambée du coût de la dette souligne les craintes des investisseurs, qui craignent une nouvelle crise similaire à celle survenue sous Liz Truss, lorsque son budget mal élaboré l'avait poussée à la démission après seulement 44 jours de gouvernement. À l'époque, les taux d'emprunt étaient plus bas, oscillant entre 4 et 4,5% pour le 10 ans.
Actuellement, "le leadership de Sir Keir Starmer est soumis à une pression croissante", affirme Derren Nathan, analyste chez Hargreaves Lansdown, de plus en plus inquiet de la tendance qu’un futur gouvernement travailliste pourrait adopter en matière de dépenses publiques.
Une inflation tenace
Contrairement à 2022, la hausse des taux britanniques semble plus durable mais également plus graduel. Cela ne s'explique pas uniquement par les déboires politiques de Starmer. L'Institut de recherche sur les politiques publiques (IPPR) a révélé que depuis l'arrivée des travaillistes au pouvoir, les rendements obligataires ont bondi de 0,4 à 0,8 point de pourcentage de plus que dans des pays similaires.
La hausse des prix, alimentée par la flambée des coûts des matières premières en raison du conflit au Moyen-Orient, a exacerbé l'inflation. Parallèlement, la Banque d'Angleterre semble hésitante à baisser son taux directeur en réponse à une croissance atone. Avant la montée des tensions géopolitiques, l'inflation au Royaume-Uni était de 3% en février, contre 1,9% dans la zone euro.
"Les perspectives d'inflation au Royaume-Uni sont préoccupantes, ce qui empêche la Banque d'Angleterre d'ajuster significativement ses taux," a commenté James Smith, économiste chez ING, selon City AM.
Un Royaume-Uni isolé
Les doutes qui pèsent sur la capacité du gouvernement à redresser ses finances publiques ne sont pas les seuls facteurs incitant les investisseurs à s'inquiéter. Le déficit public britannique pour l’exercice budgétaire en cours est de 5,2% du PIB, avec une dette dépassant les 100% du PIB. Même si les chiffres en France sont similaires (déficit de 5% et dette de 115% du PIB), le Royaume-Uni se trouve à des niveaux d'emprunt beaucoup plus élevés, selon Jean-François Robin de Natixis.
Il souligne que le Brexit a isolé le Royaume-Uni face aux marchés, augmentant les coûts d'emprunt alors que la France peut s’appuyer sur la stabilité de l’euro et la discipline budgétaire de ses voisins.
Resserrement quantitatif
Selon l’économiste indépendant Julian Jessop, un autre facteur à considérer est l'action de la Banque d'Angleterre, qui a commencé un programme de resserrement quantitatif en 2023. Cette stratégie de vente de titres d'État a contribué à faire grimper les rendements des "Gilts" britanniques. En raison de cette agressivité, la valeur de ces obligations a chuté.
Cette conjoncture fait du Royaume-Uni le pays du G7 avec les coûts d'emprunt les plus élevés. La charge annuelle de la dette y dépasse désormais les 100 milliards de livres sterling, bien au-delà des 64 milliards de la France.







