À la croisée des chemins entre technophobie et technophilie, les DRH des plus grandes entreprises françaises, telles qu'EDF, Crédit Agricole et Hermès, ont rédigé un manifeste intitulé "Travailler avec l’IA, décider entre humains". Ce projet vise à aborder les implications de l'IA dans le milieu professionnel.
Ces responsables refusent de croire que l'intelligence artificielle puisse, par miracle, transformer le monde du travail. Selon eux, tout dépend de la volonté des dirigeants et des managers. Avec plus de 1,5 million d'employés à charge, leur message est clair : ils doivent guider cette transformation.
Revenir au manuel, comme les pilotes d'avion
Ils évoquent un paradoxe : en confiant des tâches aux machines, les employés risquent de devenir incapables de les accomplir eux-mêmes, perdant ainsi leur expertise. Jean-Baptiste Barféty, coordinateur du rapport, illustre ce point en prenant l'exemple des pilotes d'avion, qui doivent periodiquement prendre le contrôle pour ne pas perdre leur compétence.
"Le vrai risque n’est pas d’être remplacé par la machine, c’est de perdre les fondements du jugement qui permettent de la contrôler", lit-on dans le manifeste.
Au fur et à mesure que l'IA prend en charge des tâches, le rôle de l'employé évolue. Laura Chaubard, directrice générale de l’école Polytechnique, souligne la nécessité pour les salariés de conserver leur responsabilité sur les résultats produits par l'IA.
Le risque d'isolement des salariés
Les échanges avec les managers ont également révélé un phénomène préoccupant : l'isolement grandissant des travailleurs. Laura Chaubard fait état d'une tendance où les employés préfèrent demander à l'IA plutôt qu'à leurs pairs, par peur du jugement.
"Des tâches qui nécessitaient collaboration et aides se résolvent aujourd'hui seules, face à un écran."
Pour remédier à cela, les DRH encouragent les usages collectifs de l'IA, suggérant des systèmes d'agents partagés et co-construits. Cela pourrait contribuer à renforcer la collaboration entre collègues.
Une opportunité pour la formation ?
Le manifeste aborde également la question de la formation des jeunes. Selon une étude de Stanford, les entreprises hésitent à embaucher des juniors, car l'IA peut accomplir leurs tâches. Cela soulève des interrogations sur la pérennité des compétences au sein des organisations et sur l'avenir professionnel de la jeunesse.
Les DRH soulignent la nécessité de continuer à former les jeunes et d'encourager les échanges entre les générations, tout en évitant de sous-estimer le besoin d'une collaboration humaine.
Que faire avec le temps libéré ?
Avec la promesse de gains d'efficacité, les DRH s'interrogent : comment utiliser le temps libéré par l'IA ? Ce temps ne doit pas se réinvestir dans encore plus de tâches, mais plutôt servir à des interactions humaines enrichissantes.
Pour conclure, le manifeste lancé par ces 17 DRH représente une réflexion profonde sur l'avenir du travail dans un contexte où l'IA prend de plus en plus d'importance. Les entreprises sont appelées à cultiver les compétences humaines plutôt qu'à s'appuyer uniquement sur les machines.
* Ce manifeste découle du Projet Sens, réunissant 17 grandes entreprises françaises qui visent une vision collective sur l'avenir du travail.







