Avec un PIB par habitant presque deux fois supérieur à celui de la France, un modèle social avancé et des inégalités de revenus relativement faibles, l'Islande est parvenue à se hisser en 2026 à la deuxième place des pays les plus heureux du monde, juste derrière la Finlande. Cependant, les 400 000 habitants de cette île, nichée au cœur de l'Atlantique Nord, peuvent parfois éprouver des difficultés à jongler avec les prix élevés à la caisse.
Le coût de la vie en Islande n'a jamais été aussi élevé par rapport aux autres pays de l'UE. Selon des données fournies par le syndicat Viska et Eurostat, les prix sont en moyenne 84% supérieurs à ceux des 27 pays de l'UE, un écart qui n'était que de 42% dans les 30 dernières années. Cela place l'Islande au sommet, devançant même la Suisse, une première depuis 2018, comme le souligne Bloomberg.
Des salaires qui tiennent le coup face à la montée des prix
Les chiffres d'Eurostat en 2024, bien qu'incertains, confirment que les prix en Islande, ajustés selon le pouvoir d'achat, sont parmi les plus élevés au monde. L'île affichait des prix supérieurs de 72% par rapport à la moyenne de l'UE, tandis que la France était à 7,6% au-dessus.
Des courses au supermarché peuvent sacrément alourdir le budget : un repas pour deux dans un restaurant coûte en moyenne 105 euros et la pinte de bière fait grimper la note à 10,40 euros. Les logements ne sont pas en reste : un appartement d'une chambre en centre-ville atteint 2020 euros par mois, selon les données de Numbeo.
Ce qui explique en partie ces prix élevés, c'est que les salaires en Islande sont également conséquents. En 2023, le salaire brut moyen s'élevait à 6.184 euros, alors qu'il n'était que de 3.417 euros dans l'UE, dont 4.490 euros net correspondant à 2.351 euros pour les autres pays européens.
"Nous sommes trop dépendants des secteurs à forte main-d'œuvre, ce qui engendre une inflation continue. Nous devons diversifier notre économie", a déclaré Vilhjálmur Hilmarsson, économiste chez Viska, à Bloomberg.
Hilmarsson tempère néanmoins son propos en précisant que les salaires ne peuvent expliquer à eux seuls l'ampleur de l'écart de prix. En effet, les prix en Islande augmentent deux fois plus vite que ceux de l'Espace économique européen.
Un environnement économique sous pression
L'inflation, à 5,2% en avril 2026, reste réelle, particulièrement dans un contexte où la Banque centrale a déjà pris les devants en relevant ses taux directeurs à 7,75%. Les niveaux de taxes en vigueur, comme la TVA à 24%, l'une des plus élevées de l'OCDE, alourdissent également le fardeau des consommateurs.
Les taxes liées aux boissons alcoolisées en Islande figurent parmi les plus élevées, et la petite population de l'île limite souvent les économies d'échelle, rendant tout produit plus cher. Konrád Gudjónsson, économiste en chef à la Chambre de commerce, souligne que "l'Islande est si petite qu'obtenir les mêmes économies que dans un pays cent fois plus grand est très difficile".
La dépendance aux importations et les droits de douane élevés n'encouragent guère non plus la baisse des prix. Par ailleurs, le secteur touristique, désormais principal moteur économique du pays, crée une concurrence pour le logement local, exacerbant ainsi la crise immobilière.
Pour protéger le pouvoir d'achat, Hilmarsson appelle les entreprises à baisser leurs prix de 10% cet été. Une mesure qu'elles pourraient réaliser, car les coûts de production n'ont augmenté que de 12% pendant que les biens de consommation ont grimpé de 20% entre 2023 et 2026.







