La douane du Havre est en ébullition ce début de juin, marquée par la destruction de 38.000 paires de baskets contrefaites, une conclusion symbolique d'une lutte intense contre un phénomène grandissant.
Silvana, chargée des marchandises saisies, scrute avec précision les palettes en plastique noir, abritant ces biens illicites depuis leur interception en 2011. "On effectue des saisies au quotidien, principalement des contrefaçons, mais également du tabac et divers produits non conformes. Les contrefaçons concernent une multitude de secteurs, des chaussures au textile, en passant par des jouets", souligne-t-elle.
Avec plus de 3,2 millions de conteneurs transitant par son port, Le Havre se positionne comme le premier port à conteneurs en France. En 2025, il a enregistré près de 1,2 million de produits contrefaits, sur le total de 20,2 millions saisis à l'échelle nationale.
Les douaniers havrais ont découvert des milliers de produits, des chaussures en plastique aux jouets de construction, témoignant de la variété des biens contrefaits. "Tant que cela peut être fabriqué à bas coût et revendu à un prix élevé, les contrefaçons existeront", analyse Anthony, inspecteur des douanes, en mentionnant également divers secteurs touchés, allant des véhicules aux produits d’hygiène.
En 2011, les douanes avaient intercepté trois conteneurs en provenance de Chine, contenant 37.800 paires de baskets avec une valeur marchande estimée à 2 millions d'euros. Cette saisie a été suivie d'une longue bataille judiciaire, conclue par une condamnation lourde pour l'importateur. "C’est rarissime d’obtenir de tels résultats au niveau judiciaire. Les amendes et les peines de prison sont historiques", se réjouit Anthony.
Le processus de destruction des produits saisis est brutale. Dans un centre de destruction, les chaussures sont broyées puis incinérées, affirmant ainsi que ces contrefaçons ne retourneront jamais sur le marché. "Il est crucial de garantir que ces marchandises n'entrent plus dans le circuit commercial", insiste Anthony.
En 2024, la France a saisi 21,47 millions de produits contrefaits, pour une valeur totale dépassant les 645 millions d'euros, selon l'Union des Fabricants (Unifab). Cette problématique, sur le plan mondial, connaît une expansion alarmante, avertit Valérie Brochet, directrice des douanes.
"Les contrefacteurs ciblent des biens en forte demande. Cela n'impacte pas seulement l'économie, mais aussi la sécurité des citoyens, d'autant plus qu'on observe une interconnexion croissante avec la criminalité organisée", déclare-t-elle, soulignant la gravité de ce phénomène. D'après un rapport de l'OCDE et l'EUIPO, les biens contrefaits représentaient 467 milliards de dollars des échanges mondiaux en 2021, soit 2,3% des importations mondiales.







