Dans un contexte économique tumultueux, où de nombreuses PME se heurtent à des fermetures ou à des rachats menaçants, la transmission des entreprises sous forme coopérative se présente comme une option pertinente. Marie-Agnès Poussier-Winsback, vice-présidente de l’Assemblée nationale, plaide en faveur de ce modèle coopératif qui permet de protéger l'emploi et les savoir-faire tout en renforçant la souveraineté économique locale.
À l'échelle régionale et communautaire, se trouvent des PME familiales qui, malgré leur fonctionnement et leur maintien d'emplois, peinent à atteindre la rentabilité élevée exigée par certains investisseurs. Cela conduit souvent à des fermetures ou à des ventes à des fonds qui, dans l'optique de maximiser le profit, risquent de délocaliser ou de disséquer ces entreprises. La survie de nos territoires et de notre économie locale en dépend, comme l'affirme le rapport de l'organisation Coop FR.
La transmission coopérative est une stratégie éprouvée, offrant des perspectives de pérennité intéressantes.
Les Sociétés coopératives et participatives (Scop) affichent un taux de survie à cinq ans de 79 %, comparativement aux 61 % des entreprises traditionnelles. Ce modèle offre de surcroît une protection contre les offres publiques d'achat (OPA) et la délocalisation. Prenons l'exemple de Bergère de France, la dernière filature de laine du pays, reprise par 57 salariés-associés en 2024 dans la Meuse, sauvegardant ainsi 70 emplois et préservant un savoir-faire industriel crucial.
L'économie sociale et solidaire (ESS), souvent considérée comme un concept extrême, est en réalité une démarche pragmatique, capable de concilier performance économique et ancrage territorial. En France, elle regroupe 21 600 entreprises et emploie 1,1 million de salariés, pour un chiffre d'affaires cumulatif de 344 milliards d'euros, d'après le Panorama 2026 de Coop FR. Malheureusement, cette forme d'économie demeure insuffisamment soutenue par les politiques publiques.
Mieux informer, mieux financer, mieux fiscaliser
Le plan "Objectif Reprises" proposé par Serge Papin devrait être élargi pour soutenir les coopératives. Pour cela, trois axes doivent être approfondis. D'abord, l'information. Intégrer le modèle coopératif dans les formations des chambres de commerce, d'agriculture et des métiers, ainsi qu'instaurer une journée nationale annuelle dédiée à la transmission des entreprises. Ensuite, le financement. Créer un fonds public-privé pour soutenir les apports en capital des salariés-repreneurs. Enfin, adapter le cadre fiscal en portan à 600 000 euros l'abattement sur plus-value pour les transmissions aux coopératives, à l'image du pacte Dutreil pour les transmissions familiales.
Une transmission réussie ne se limite pas à des considérations financières. Il s'agit aussi de garantir la continuité d'un savoir-faire et de préserver les commerces de proximité. Dans ma circonscription de Seine-Maritime, je suis témoin de l'impact dramatique qu'a la fermeture d'une PME sur l'économie locale. La transmission coopérative n'est pas accessoire ; elle représente un pilier fondamental de notre tradition économique. Avec les enjeux cruciaux qui se profilent, cette question doit occuper une place centrale dans le débat économique, et je m'engage à y contribuer activement.
*Marie-Agnès Poussier-Winsback est vice-présidente de l’Assemblée nationale, députée de la Seine-Maritime (Horizons) et ancienne ministre.







