La question de la protection des enfants en ligne devient de plus en plus cruciale. Comme le souligne Euractiv, la plateforme de jeux en ligne Roblox, très appréciée des jeunes utilisateurs, pourrait se voir soumise aux mêmes exigences que les plus grands réseaux sociaux européens.
La Commission européenne est en train d'évaluer l'opportunité de désigner le service américain comme "très grande plateforme en ligne" au sein du Digital Services Act. Cette législation vise à mieux encadrer le fonctionnement des géants du numérique.
Roblox a récemment annoncé qu'il compte 48 millions d'utilisateurs mensuels dans l'Union européenne, dépassant ainsi le seuil de 45 millions fixé par le DSA pour être classé parmi les très grandes plateformes en ligne (VLOP). Ce critère n'est pas anodin, puisqu'il représente environ 10 % de la population européenne.
Une première pour une plateforme de jeux
La Commission européenne a exprimé son intention de prendre en compte ces chiffres, précisant qu'elle est actuellement en phase d'analyse des données et des prochaines étapes, comme l'indique un porte-parole, dans un communiqué relayé par Euractiv.
Si Roblox est effectivement désigné comme VLOP, il deviendra la première plateforme de jeux vidéo à être soumise à un cadre réglementaire aussi strict. Les autres entités concernées par ce statut sont principalement des réseaux sociaux et des moteurs de recherche.
Les obligations associées à ce statut comprennent la mise en œuvre de mesures pour lutter contre les contenus illégaux tels que le discours haineux et les images à caractère pédopornographique. Ces plateformes devront aussi offrir des outils permettant aux utilisateurs de signaler des abus et devront retirer rapidement les contenus inappropriés. En outre, la transparence des algorithmes utilisés pour la recommandation de contenus devra être assurée.
Les très grandes plateformes en ligne ont quatre mois après leur désignation pour adopter ces nouvelles exigences. En cas de non-respect, la Commission européenne a le pouvoir d'ouvrir des enquêtes et d'infliger des amendes pouvant atteindre jusqu'à 6 % du chiffre d'affaires mondial de l'entreprise concernée.
Des inquiétudes croissantes
Roblox permet à sa communauté de 150 millions d'utilisateurs quotidiens d'interagir, de jouer à une multitude de jeux créés par d'autres utilisateurs et même de créer leurs propres expériences. Cependant, cela soulève des préoccupations en matière de sécurité des jeunes, surtout lorsque l'on sait que près de 40 % de ses utilisateurs sont âgés de moins de 13 ans.
Ce chiffre a conduit plusieurs régulateurs à s'inquiéter, en particulier en raison des risques que courent les enfants lorsqu'ils interagissent avec des utilisateurs plus âgés. En janvier, l'Autoriteit Consument & Markt (ACM) aux Pays-Bas a ouvert une enquête sur la plateforme, suspectant des manquements en matière de protection des mineurs.
La situation est similaire aux États-Unis, où Roblox fait face à des actions en justice concernant la sécurité des enfants, avec plusieurs procureurs d'État, comme ceux de la Louisiane et du Kentucky, qui prennent des mesures. En France, Sarah El Haïry, haute-commissaire à l'Enfance, a qualifié la plateforme de "repaire de pédocriminels".
Un long processus
Roblox a rejeté ces accusations, tout en annonçant de nouvelles fonctionnalités visant à renforcer la sécurité, telles qu'une vérification d'âge obligatoire pour accéder à certaines fonctions de la plateforme. Si la Commission européenne reconnaît Roblox comme VLOP, elle sera en mesure d'initier une enquête au niveau européen. Toutefois, aucune date n'a encore été communiquée pour cette décision.
Le processus de validation peut prendre plusieurs mois, comme l'a illustré la désignation de WhatsApp comme très grande plateforme en ligne, qui a pris près d'un an entre la communication des chiffres d'utilisateurs et la décision officielle.







