Depuis deux décennies, les stations de ski de Pékin se fient à des marques européennes pour leurs équipements, notamment pour les canons à neige. Cet hiver, cependant, la station de Lianhuashan a fait le choix d'un produit local, un enneigeur fabriqué en Chine, marquant une étape significative dans l'autonomisation de l'industrie.
La stratégie semble logique : en achetant ce canon, la première du genre en Chine, la station espère réduire ses coûts. Tang Lingling, directrice chez Carving Ski, l'entreprise responsable de cette innovation, explique que ce nouvel équipement est environ 30% moins cher que ceux proposés par des géants européens comme TechnoAlpin. "Produire localement nous permet d'éviter les coûts d'importation", souligne-t-elle. En 2022, Carving a déjà vendu près de 200 unités.
Malgré ces économies, les marges dans la vente de canons à neige restent étroites. Les fabricants chinois, comme Carving Ski, commencent à grignoter des parts de marché sur un secteur en pleine expansion, qui a atteint une valeur de 84,5 milliards de yuans (10,7 milliards d'euros) l'année dernière, selon iiMedia Research. L'objectif de ces entreprises est clair : remplacer progressivement les marques occidentales sur le marché domestique, puis étendre leur influence à l'international.
La hausse des ventes d'équipements de sports d'hiver, qui ont quadruplé depuis 2015, a récemment été ralentie par la période post-pandémique et par un ralentissement économique, poussant ainsi les consommateurs chinois à être plus prudents. Jin Huiyuan, fondatrice de la marque de snowboard Lidakis, indique que bien que le coût des matières premières ait doublé depuis 2007, son entreprise n’a pas augmenté ses prix. Lidakis cible particulièrement les enfants et les débutants avec des modèles légers, vendus environ 250 euros, et a écoulé près de 20 000 unités l'année dernière.
"Les grandes marques étrangères sont réservées à une clientèle aisée," constate-t-elle. "Nous, nous nous adressons au grand public, ce qui nous donne un avantage sur ceux qui ne peuvent se permettre des dépenses excessives." L'économie des sports d'hiver reçoit un soutien gouvernemental fort, et l'objectif des 300 millions de pratiquants, fixé par le président Xi Jinping, a déjà été atteint en 2021.
Des entreprises comme Carving et Lidakis bénéficient de subventions pour la recherche et développement, ainsi que de loyers allégés. Cependant, le segment haut de gamme demeure dominé par les marques internationales. Li Zhibo, directeur général de Qianmao Xuelong, reconnait que les skis chinois n’atteignent pas encore le niveau de leurs concurrents. "Ces entreprises ont des décennies d'expertise, un savoir-faire que nous ne pouvons pas rattraper instantanément", déclare-t-il.
D’autre part, Qianmao Xuelong, qui se concentre sur le marché d'entrée de gamme, a également des aspirations au haut de gamme, ayant fourni des skis pour l'équipe de saut acrobatique chinoise aux JO de Milan-Cortina cet hiver. Toutefois, des athlètes comme Xu Mengtao, médaillée d'or, ont opté pour des équipements de marques suisses comme Oxess, illustrant l'écart qui subsiste avec les géants étrangers.
Toutefois, certaines marques chinoises comme Lidakis commencent à se démarquer sur le plan international, ayant déjà réalisé des ventes en Kazakhstan, en Corée du Sud et en Iran. Carving exporte également vers la Russie. Pour l'instant, leur priorité reste le marché local.
Tang Lingling reste optimiste pour l'avenir : "De plus en plus de stations essaient déjà nos enneigeurs, et je suis convaincue qu'elles considéreront bientôt les marques chinoises comme première option".







