Ce mardi 7 avril, cinq entrepreneurs du bassin de Castres-Mazamet sont appelés à comparaître devant le tribunal correctionnel de Castres pour des actes de dégradation, la divulgation d'informactions privées et une association de malfaiteurs. Ces événements remontent à juin 2025 et ciblent des opposants à l'autoroute A69.
Initialement prévu le 25 novembre dernier, le procès avait été renvoyé en raison de problèmes administratifs au tribunal. Les cinq prévenus, ardents défenseurs de ce projet d'autoroute qui reliera Toulouse à Castres, sont confrontés à des accusations sérieuses. Deux d'entre eux figuraient également parmi les élus de la municipalité de Mazamet au moment des faits.
Ils doivent faire face à des accusations de dégradations collectives, de divulgation d'informations personnelles susceptibles d'exposer quelque personne à un risque, ainsi qu'à des charges liées à l'association de malfaiteurs en vue de préparer un délit, ce qui pourrait leur valoir une peine d'au moins cinq ans de prison. Deux d'entre eux sont aussi soupçonnés d'utiliser des fausses plaques d'immatriculation sur leurs véhicules.
Des actions orchestrées par les membres de l'association Via 81
Les prévenus sont accusés d'avoir, durant la nuit du 24 au 25 juin 2025, apposé des panneaux hostiles aux militants opposés à l'A69 sur plusieurs ronds-points, marqués des mots « les pros ». Ils s'en sont également pris à des propriétés privées, laissant des tags portant les noms des militants anti-autoroute assortis de slogans tels que « Oui à l'A69, non aux voyous ».
Selon la Gendarmerie, des éléments de preuve, notamment des images de vidéosurveillance et des enregistrements de communications sur des réseaux sociaux, conduisent à ces cinq chefs d'entreprise, qui ont entre 35 et 65 ans.
Parmi ceux-ci se trouve le directeur d'une jardinerie locale et président de l'association pro-A69 Via 81. D'autres prévenus incluent un gestionnaire de société de transport ayant déjà collaboré sur le chantier de l'A69, ainsi qu'un ancien conseiller municipal de Mazamet, actuellement également en activité.
Les poursuites ont été jugées excessives par Philippe Folliot, sénateur du Tarn, qui a estimé que les opposants à l'autoroute, ayant proféré des actes similaires sans être inquiétés, n'étaient pas poursuivis avec la même intensité.
Des menaces signalées et la peur dans la communauté
Maître Claire Dujardin, l'avocate des dommages subis, a affirmé que si seulement cinq personnes étaient jugées, le nombre pouvait facilement atteindre quinze. Des conversations partagées sur WhatsApp indiquent une intention claire d'intimidation, le mot d'ordre étant « que la peur change de camp ». Les dégradations, mentionnées par l'avocate, sont qualifiées de sérieuses, signalant bien plus qu'une simple expression d'opinion.
Myriam Joly, gérante d'une entreprise familiale, a exprimé son choc après avoir découvert son nom sur un panneau. « J'étais sidérée, trop d'inquiétude règne autour de nous, mes caméras de sécurité sont maintenant nécessaires », a-t-elle confié, marquant la montée du climat de tension.
Des incidents similaires ont touché Christine Bedos, qui a retrouvé son entreprise d'agriculture vandalisée, avec des messages d'incitation à la violence comme « tout était rouge » signalant son exploitation. « Nous avons peur, il est impératif de garantir la sécurité de notre travail », a-t-elle ajouté.
Peu de temps après ces événements, environ 1500 personnes se sont regroupées illégalement pour protester contre le projet de l'A69 dans une initiative qualifiée de « TurboTeuf », un rassemblement qui visait à éveiller les consciences sur le sujet délicat du développement de l'infrastructure dans cette région.







