À la suite de la tragique affaire de la collégienne dans le Gers, le gouvernement a ordonné un recensement des dossiers liés aux infractions sexuelles sur mineurs. Cette directive est perçue comme irréalisable par de nombreux enquêteurs, en raison du manque d'effectifs et des défis logistiques que cela pose.
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a récemment estimé le nombre de plaintes pour violences sexuelles sur des mineurs à 70 000, dont beaucoup n'ont pas encore été sérieusement examinées. Les forces policières, tant civiles que militaires, se trouvent déjà confrontées à une montagne de dossiers en attente, une situation exacerbée par la gestion des enquêtes après le décès tragique de Lyhanna.
Les syndicats de police sonnent l’alarme sur les implémentations pratiques de cette injonction. Selon Denis Boé, référent national en investigation pour Alliance, "il est essentiel de travailler de manière efficace, mais le stock de trois millions de procédures en attente représente un véritable casse-tête". Ce sentiment de frustration est partagé, car les enquêteurs craignent de se voir pointer du doigt pour des erreurs qui pourraient être attribuées à un système défaillant plutôt qu'à leurs performances individuelles.
Grégory Joron, secrétaire général d'Unité, souligne que "la réalité est que cette tâche sera effectuée au détriment d'autres enquêtes et qu'il est impossible de traiter toutes les priorités". La réforme de la police, mise en place il y a deux ans, a également contribué à affaiblir les capacités d'investigation tout en augmentant la charge de travail des forces de l'ordre.
La pression sur le système judiciaire
Pouvant traiter jusqu'à quatre plaintes par heure pour des violences sur mineurs, la gendarmerie nationale enregistre un pic d'activités accablant. « Nos enquêteurs sont déjà à bout de souffle et ne peuvent pas répondre à toutes les attentes » témoigne Hubert Bonneau, directeur général de la gendarmerie.
Il est temps de redéfinir ce que signifie vraiment prioriser, souligne encore Bonneau, ajoutant que les délais d'enquêtes sont souvent incompressibles. "Il ne s'agit pas de quantité, mais de qualité d'investigation", conclut-il.
Les experts s'accordent à dire que pour remédier à ces problèmes, il est nécessaire non seulement d'augmenter le nombre d'enquêteurs, mais aussi de réformer l'organisation et le contrôle au sein des forces de l'ordre. Les violences sexuelles sur mineurs doivent rester une priorité, mais pour cela, un changement structurel est impératif.







