Le Dr Jean-Georges Anagnostides a partagé ses souvenirs marquants de cette journée du 28 juin 1995, où il a été appelé par la Section de recherches de Rouen : "Le ciel était clair et bleu. Nous avons trouvé une malle flottante dans la Seine. En l'ouvrant, un gendarme a découvert un corps. Les trous faits sur ses côtés laissaient entrevoir l'horreur qui l'attendait".
Les images projetées lors du procès renforcent l'impact émotionnel des événements passés, faisant état d'un corps mutilé : cuisses repliées, bras écartés, et l'absence manifeste de la tête et des mains. Dans la salle, Marie-Thérèse Garcia, la suspecte principale, restait silencieuse, la tête baissée (BFMTV).
En poursuivant son exposé, le Dr Anagnostides décrivit l'état du corps retrouvé, ajoutant qu'il avait constaté de nombreuses lésions. De premières estimations évoquaient 11 coups, mais un examen ultérieur a révélé 16 blessures mortelles.
Ce crime a pris près de deux ans pour que la victime, Corinne Di Dio, âgée de 37 ans, soit identifiée. La vente de ses produits en tant que commerciale s'est interrompue lors de sa disparition entre le 19 et le 20 juin 1995, neuf jours avant que son corps ne soit découvert. Aujourd'hui, son ex-belle-sœur, âgée de 79 ans, est confrontée à des accusations lourdes dont elle clame toujours son innocence.
Antonio Marquez-Gomez, l'ex-partenaire de Corinne, est également sous le coup d'un mandat d'arrêt mais reste introuvable en Colombie.
Une mort rapide et inattendue ?
Les détails de l'autopsie, présentés par le légiste, indiquent qu'un couteau de plus de 12 centimètres aurait pu être utilisé dans cette attaque. "Il est probable que Corinne ait été surprise", a déclaré le Dr Anagnostides. Les faibles blessures de défense laissent présager que, non seulement elle connaissait son agresseur, mais qu'elle n'a pas eu le temps de réagir.
"A-t-elle eu le temps de crier ? probablement oui, mais cela a dû être bref", a observé Me Najwa El Haïté, avocate de Marie-Thérèse Garcia, questionnant le caractère soudain de l'attaque.
Une exécution professionnelle ?
Un débat se dessine autour du profil de l'agresseur. Selon le légiste, la force physique n'est pas forcément requise, mais plutôt la détermination. La façon dont le corps de Corinne a été dépecé laisse à penser qu’un savoir-faire technique était nécessaire, conduisant à la spéculation qu’un professionnel pourrait être en cause.
Les jurés s'interrogent : "Cet acte semble-t-il être l'ouvrage d'un amateur ou d'un expert en la matière ?" L'expert a insisté sur la nécessité d'une compétence technique, suggérant l'utilisation d'un outil approprié comme une scie.
Quant à l'absence de certains morceaux du corps de la victime, des méthodes classiques pour entraver l'identification par les enquêteurs ont, selon lui, été mises en œuvre.
Des incertitudes scientifiques
Le corps de Corinne a été dissimulé dans la malle, fermée avec un cadenas, et selon le Dr Anagnostides, a probablement été immergé pour un court laps de temps dans la Seine. "La médecine légale a ses limites. Nous ne pouvons jamais être totalement certains", a-t-il commenté.
En 2023, un réexamen a conforté ce qui avait été initialement supposé : le corps pouvait avoir été immergé entre le 19 et le 25 juin 1995.
Une question demeure en suspens : où cet acte odieux a-t-il réellement eu lieu ? Ce mercredi, les avocats de Marie-Thérèse Garcia ont rappelé que le sang de la victime n'a jamais été retrouvé chez leur cliente. La cour devra se prononcer ce 3 juillet sur la culpabilité de la mise en cause.







