Aussitôt rayonnante que réservée, Nathalie Baye, disparue à 77 ans, a marqué le cinéma français.
Avec un brio exceptionnel, elle a interprété des rôles complexes, allant des héroïnes résilientes aux figures comiques, se frayant un chemin entre films d'auteur et productions populaires. Nathalie Baye s'est éteinte le 17 avril à Paris, victime d'une maladie neurodégénérative, mais a toujours su subvertir son image de star pour offrir une palette d'interprétations impressionnantes. Des réalisateurs de renom comme François Truffaut (dans La Nuit américaine) à Xavier Dolan (Juste la fin du monde), en passant par Bertrand Blier et Claude Chabrol, elle a peaufiné une filmographie riche et variée.
Elle a également brillé aux côtés de Steven Spielberg dans Arrête-moi si tu peux, jouant la mère de Leonardo DiCaprio, et a perfectionné son anglais dans Downton Abbey 2. Loin de rester enfermée dans des rôles prévisibles, elle a su jouer des personnages inattendus, œuvrant aux côtés de stars telles que Josiane Balasko dans le remake d'Ab Fab ou dans les blockbusters Alibi.com.
Une artiste lumineuse
Aimée tant par les férus de cinéma que par le grand public, Nathalie Baye a accumulé les nominations et récompenses aux César. Elle a reçu la statuette à trois reprises entre 1981 et 1983 : meilleur second rôle dans Sauve qui peut (la vie) de Godard, et meilleure actrice pour La Balance de Bob Swaim. En 1999, elle a aussi été couronnée au Festival de Venise pour Une liaison pornographique.
Récemment, elle a été honorée une nouvelle fois aux César en 2006 pour Le Petit Lieutenant de Xavier Beauvois, faisant rire l'assemblée en mentionnant qu'il s'agissait de son dernier César, reçu vingt-trois ans auparavant.
« La célébrité n’est pas un but, le succès l’est », affirmait-elle, s'éloignant du tumulte médiatique pour une « notoriété douce ». Avec une voix douce et une présence captivante, elle avait ce don unique que Bertrand Tavernier, son réalisateur dans Une semaine de vacances, résumait ainsi : « c’est bien au-delà de la photogénie. Elle se fait aimer par la lumière ».
Son parcours sur scène fut tout aussi brillant, de Tchekhov à Marivaux, et elle brillait également à la télévision, interprétant son propre personnage dans la série Dix pour cent.
Une ballerine en devenir
Née le 6 juillet 1948 à Mainneville, Isabelle Baye, de parents artistes, s’est installée à Paris puis à Menton. « J’ai dû me construire dans la déconstruction de mes parents, drôles mais en souffrance ». Mal à l'aise à l'école à cause de la dyslexie et de la dyscalculie, elle arrête ses études à 14 ans pour se concentrer sur la danse à Monaco. Un an plus tard, elle rêve de devenir ballerine à New York.
De retour à Paris, elle entre au cours Simon, séduite par le théâtre, mais ne se voyait pas au cinéma. Elle disait : « Pour moi, c’était fait pour des bombes… » Cependant, la rencontre avec François Truffaut a tout changé. Romy Schneider lui conseillait : « Tu es une vraie, il faut que tu apprennes à te protéger », un conseil précieux qu’elle a appliqué tout au long de sa vie.
Un amour éternel
Féministe indépendante, elle a partagé la vie d'hommes talentueux et engagés comme Philippe Léotard et Jean-Louis Borloo, mais la nécessité de son indépendance l’a toujours empêchée de se marier. « J’ai un besoin d’air parfois compliqué à vivre pour les autres ».
Toujours fervente dans ses opinions, elle a récemment soutenu Gérard Depardieu, cherchant à défendre la liberté d'expression, sans jamais se soucier des jugements liés à son âge. « La meilleure manière d'avancer, c'est de s'en moquer », disait-elle. « Ma plus grande fierté est d'avoir su rester fidèle à mes rêves ». L'empreinte laissée par cette comédienne unique résonne profondément, rappelée par Emmanuel Macron qui l’a célébrée comme une source d'inspiration pour des générations de spectateurs.
Avec AFP
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