Des gilets de sauvetage gisent sur le sable, et des passeurs surveillent la mer pour lancer, sous le couvert de la nuit, des embarcations vers les côtes anglaises. Ce phénomène, encore balbutiant, soulève des inquiétudes croissantes au sein des autorités belges, redoutant l'émergence de campements de migrants qui rappelleraient les situations déjà vécues en France.
Jusqu'ici, aucun migrant n'a été intercepté en Belgique tentant de traverser la Manche en 2025. Cependant, depuis le début de l'année, 425 personnes ont été arrêtées avant d'atteindre les eaux internationales.
Selon les témoignages de policiers, d'élus locaux et d'ONG consultés par l'AFP, cette dynamique est principalement due à un renforcement des mesures migratoires en France. Même si le périple est plus long, les migrants semblent privilégier des routes alternatives.
À vol d'oiseau, la Belgique est à plus de 80 kilomètres de l'Angleterre, alors que seulement 30 km séparent les côtes françaises des rives anglaises. Jean-Marie Dedecker, bourgmestre de Middelkerke, confirme que "la France est devenue plus sévère" envers les migrants, ce qui les pousse à chercher refuge en Belgique.
Il évoque un système bien rodé par les passeurs. "Ils dissimulent leurs affaires, les vestes, le bateau, le moteur dans les dunes. À l'aube, ils gonflent les embarcations", raconte-t-il à l'AFP. Une fois sur l'eau, les canots longent la côte pour s'approcher des eaux françaises, où certains migrants sont récupérés pour continuer leur traversée.
Cette tendance crée des frictions au sein du gouvernement belge, qui s’efforce d'éviter de donner l’impression d'être laxiste. La ministre de l'Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt, soulève l'importance de faire savoir que "la côte flamande n'est pas une alternative attrayante pour cette traversée". Ses équipes s'emploient à intensifier les mesures, incluant la détention de nombreux jeunes migrants originaires de pays comme le Soudan, l'Afghanistan ou l'Irak.
Toutefois, cette approche suscite la colère des ONG, qui militent pour des actions visant à protéger cette population déjà marquée par des traumatismes. Joost Depotter de Vluchtelingenwerk Vlaanderen souligne que les migrants sont perçus comme un danger plutôt que comme des victimes. "Les mesures de sécurité n'atténuent pas les flux, elles renforcent les réseaux de passeurs", prévient-il.
Dedecker, quant à lui, appelle à des mesures plus strictes, notamment avant l'été, redoutant l'instauration de bidonvilles le long de la côte. Avec plus de 41 000 migrants ayant tenté la traversée depuis la France l'an dernier, il se dit impuissant face à des règlements où "99% des migrants sont relâchés" après des procédures d'accueil.
Alors que la météo morose récente a semblé freiner les initiatives depuis sa commune, Dedecker reste réaliste : "Je suis convaincu que lors du week-end de la Pentecôte, avec un temps plus clément, les tentatives reprendront.", affirme-t-il, interrogatif sur l'absence d'agissements.







