Depuis plusieurs semaines, Hala Farah, originaire de Yaroun, s'emploie à rassembler des images et vidéos de son village afin de préserver sa mémoire. Selon ses dires, Yaroun a été complètement anéanti par les bombardements israéliens, tout comme de nombreuses autres localités du sud du Liban.
Des analyses d'images satellites et les reportages de l'AFP exposent des destructions d'une ampleur sans précédent. Les autorités libanaises qualifient les actions israéliennes de véritable "urbicide", une tactique militaire visant à éradiquer des villes entières.
Depuis le début du conflit avec le Hezbollah, plus de 50 000 bâtiments auraient été détruits ou endommagés, sans compter les 56 000 hectares de terres agricoles également ravagées. Les écoles, lieux de culte et infrastructures essentielles n'ont pas été épargnés, tant dans les zones sous occupation israélienne que dans les territoires bombardés.
"Tout a été anéanti; il ne nous reste que les souvenirs et les photos que nous tentons de rassembler afin de raconter à nos enfants à quoi ressemblait Yaroun", confie Hala Farah, qui vit aujourd'hui dans le nord de Beyrouth. À l'aide d'images satellites, elle a récemment découvert que sa maison n'était plus qu'un tas de décombres.
"Je rêvais de voir mes filles grandir dans notre maison familiale, mais la guerre nous a tout pris", ajoute-t-elle, arborant un pin's représentant son village, situé près de la frontière israélienne, où cohabitaient chrétiens et musulmans.
- "Ni armes, ni tranchées" -
Des habitants des localités inaccessibles par l'armée israélienne s'organisent pour acheter des images satellites, à un coût de 140 dollars par image. Les réseaux sociaux regorgent d'images avant-après, montrant la destruction de maisons, de bibliothèques et même de mosquées, symboles de l’histoire locale.
"Israël cherche à nous priver des ressources vitales nécessaires à notre retour", déclare Hala Farah, alors qu'elle feuillette des photos sur son smartphone. Les destructions se sont poursuivies même après l'entrée en vigueur de la trêve le 17 avril, renforçant les soupçons d'une stratégie de "urbicide" orchestrée par Tel-Aviv.
"Les frappes ont ciblé des infrastructures civiles, sans aucune présence d'armes ou tranchées", s'insurge-t-elle. L'armée israélienne, de son côté, prétend viser les infrastructures militaires du Hezbollah.
Début 2025, des analyses par l'AFP avaient déjà détecté une destruction majeure à Yaroun. Une récente étude indique que 290 000 logements ont été touchés, dont 61 000 depuis mars dernier.
La destruction à Bint Jbeil est tout aussi alarmante. Selon Chadi Abdallah, secrétaire général du Conseil national de la recherche scientifique (CNRS), la plupart des opérations de démolition ont eu lieu durant la trêve, et ces destructions sabotent l'espoir de retour des populations. "Israël essaie d'effacer notre mémoire et notre histoire", ajoute-t-il.
Les répercussions sont catastrophiques; plus d'un million de déplacés, principalement chiites, vivent dans un déracinement aux conséquences terrifiantes, met en garde la chercheuse Hana Jaber. La ville de Bint Jbeil, où la destruction a atteint plus de 75%, en est un exemple frappant.
Ce climat de conflit a également engendré des négociations directes entre le Liban et Israël, malgré les oppositions internes. Hala Farah espère que cela ouvrira la voie à la reconstruction de son village. "Nous espérons que cette guerre signera la fin de nos souffrances, car nos villages du sud sont actuellement en danger", conclut-elle, pensive.







