À un mois de son départ vers le British Museum de Londres, le ministère de la Culture a donné son feu vert au transport de la précieuse tapisserie brodée au IXe siècle.
Cette œuvre emblématique se prépare pour son troisième voyage en 960 ans. Chef-d'œuvre de lin brodé, la Tapisserie de Bayeux s'apprête à franchir la Manche en juillet pour rejoindre Londres. L'annonce, faite par Emmanuel Macron en juillet 2025, avait suscité des inquiétudes parmi les experts, qui alertaient sur les risques liés à ce transport prolongé de cette broderie fragile, longue de 68,5 mètres. Ce mercredi 3 mai, la ministre de la Culture a publié un avis favorable au complexe processus de transport élaboré spécifiquement pour la tapisserie de Bayeux.
Catherine Pégard, présidente de l'Établissement public du château, musée et domaine national de Versailles, a rassuré le public en affirmant que "rien n'a été laissé au hasard" concernant l'acheminement de la tapisserie vers Londres, prévue pour être exposée pendant un an, de septembre 2025 à juillet 2027. Elle a souligné que, pour ce déplacement, un nombre inégalé de tests et de protocoles de sécurité avaient été mis en œuvre.
24.000 taches, 16.445 plis, plus de 10.000 altérations
Classée au registre “Mémoire” de l’Unesco en tant qu’“œuvre vulnérable” et “source documentaire unique au monde”, la Tapisserie de Bayeux, qui illustre la bataille pour le trône d'Angleterre par Guillaume le Conquérant, présente 24.000 taches, 16.445 plis et de nombreuses altérations. Une pétition lancée par La Tribune de l'Art contre ce déplacement avait réuni plus de 75.000 signatures, pour l'instant sans effet.
La fragilité de cette œuvre est toutefois une préoccupation que prend au sérieux le ministère de la Culture. Dès 2020, deux études ont été menées, suivies de voyages à blanc avec un fac-similé de la tapisserie pour évaluer la faisabilité du transport. Cela a conduit à la création d'une caisse sur mesure par l'entreprise néerlandaise Hizkia, qui a remporté l'appel d'offres. Cette caisse a pour but de protéger l'œuvre des chocs et des vibrations.
Caisse calquée sur un berceau
Actuellement pliée en accordéon, la tapisserie sera insérée dans une caisse fabriquée avec des matériaux isolants pour la protéger des variations climatiques et environnementales. Une deuxième structure en aluminium enveloppera le caisson, intégrant de grands ressorts conçus pour absorber les chocs. Catherine Pégard a comparé le système à un landau : "C'est comme si l’on plaçait un nouveau-né", a-t-elle déclaré, tout en ajoutant que les modalités de transport resteront strictement confidentielles pour des raisons de sécurité.
Bien que la ministre ait reconnu que "le risque zéro n'existe pas", Lord Ricketts, l'envoyé spécial du Royaume-Uni pour le prêt de la tapisserie, a affirmé "l'engagement total" de la partie britannique pour la protection de l'œuvre. Le gouvernement britannique a même prévu de débloquer jusqu'à 925 millions d'euros en cas de dommages.
Au retour de la tapisserie en France fin 2027, une restauration, prévue de longue date, sera effectuée, ayant été précédemment reportée.
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