La route, envahie par la végétation, s'interrompt brusquement avant de se perdre dans le vide. Au-delà, le Dniepr se dresse comme une frontière entre l'Ukraine et le Bélarus.
"Ils nous observent à travers leurs caméras", murmure le chef adjoint d'un poste-frontière, connu sous le nom de guerre 'Brat' qui signifie 'frère'. Une ironie amère, compte tenu de la détérioration des relations entre ces deux nations slaves partageant une frontière de plus de 1 000 kilomètres.
Arme à la main, il reste vigilant, même si un calme apparent règne dans la forêt environnante.
L’Ukraine tire la sonnette d’alarme, craignant que la Russie n'utilise le Bélarus pour renvoyer ses troupes au nord, ciblant à nouveau Kiev, comme lors des premiers jours de l'invasion en février 2022.
Les troupes russes s'étaient finalement retirées, mais le poste de Brat montre les séquelles de cette période troublée : bombardé pour préparer le passage des chars russes.
"Nous avons dû détruire le pont", explique un militaire.
En mai, des manœuvres militaires communes entre Moscou et Minsk, incluant des forces nucléaires, avaient utilisé le territoire bélarusse.
Dans ce contexte, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a renforcé la sécurité à la frontière nord, arguant que Moscou cherche à impliquer davantage Minsk dans son conflit d'agression contre l'Ukraine.
Pour l'heure, le garde de 31 ans rassure : "Nous ne voyons aucun mouvement suspect. Aucune armée ni matériel militaire" n'a été détecté au-delà de la frontière, précise-t-il.
Les panneaux décolorés en ukrainien et bélarusse semblent s'accrocher désespérément au vent.
Derrière les barbelés, deux silhouettes scrutent le paysage verdoyant. Il faut s’élever pour apercevoir les gardes bélarusses.
Des forêts à perte de vue, le Dniepr qui serpente et des barbelés à n'en plus finir : tel est le tableau de la frontière vu du ciel.
Cachés sous un arbre, 'Alex' et 'Tchip', gardes ukrainiens, observent l’écran de leur drone de surveillance.
Des patrouilles bélarusses sillonnent le lit du fleuve, interrompant la tranquillité des lieux.
"Ils patrouillent et surveillent", constate Tchip, sans détacher les yeux de la scène.
Au quotidien, les deux camps se croisent en patrouilles, mais chacun reste distancié pour éviter toute escalade.
Dans le ciel, les drones se surveillent mutuellement, prenant soin de ne jamais franchir les limites établies.
"On ne peut exclure qu’il se passe quelque chose, peut-être au cœur du territoire bélarusse", avance Tchip, "mais pour l’instant, rien ne se profile à l’horizon".
La tranquillité est seulement perturbée par le chant des oiseaux et le bruit d'un tracteur au loin.
De nombreux analystes estiment une nouvelle offensive terrestre improbable, soulignant que Moscou manque de ressources suffisantes pour lancer un nouvel assaut. Rappelons qu’en 2023 et 2024, Kiev avait déjà mis en garde contre une telle menace, sans qu'elle ne se matérialise.
Pourtant, à l'origine de l’invasion de 2022, l’idée d’une offensive semblait également peu crédible.
"Il ne s'agit pas de croire ou non", insiste Tchip. "Nous devons être préparés à toutes les possibilités. Le reste, seul l'avenir nous le dira".
Le drone atterrit doucement, ignorant le regard d'une vieille dame à vélo, immobile sur le chemin.
Des pelleteuses blindées creusent des tranchées le long des 40 kilomètres séparant la frontière de Tcherniguiv, alors que des filets antidrones sont tendus au-dessus des points de contrôle, une mesure habituellement réservée aux zones de conflit.
Dans le centre, la vie semble paisible : Olga Vassylenko se promène avec son fils et son compagnon dans un parc animé, entourée de terrasses bondées.
Cependant, un sentiment d'inquiétude persiste. Le président bélarusse Alexandre Loukachenko a récemment rassuré en affirmant que son pays ne déploierait "jamais" de troupes, tout en mentionnant être au courant d’une "grosse cible" près de la frontière.
L’occupation russe de cette région reste gravée dans les mémoires, alimentant des craintes que l’histoire ne se répète.
"Nous devons rester préparés à d’éventuelles surprises. Nous savons que nous sommes proches de la ligne de front", raconte Olga. "Personne ne peut écarter cette possibilité".
Derrière elle, des grues s’affairent sur des bâtiments en rénovation, témoins des récentes frappes russes.
"J'ai foi en nos forces armées, convaincue qu'elles sauront protéger le pays", se rassure-t-elle, tout en veillant à ce que son sac d’évacuation soit prêt, comme en 2022.







