Le paysage politique portugais est en émoi après l'ascension fulgurante d'André Ventura, le candidat du parti populiste de droite Chega, qui a réussi à doubler son score par rapport aux précédentes élections présidentielles.
Lors du premier tour des élections du 19 janvier, Ventura a atteint une surprenante seconde place, attirant entre 20 et 25 % des votes, juste derrière le socialiste António José Seguro, qui a vu son score grimper à des niveaux historiques. Pour la première fois, un candidat d'extrême droite accède au second tour, une évolution marquante dans l'histoire politique du Portugal.
Un personnage controversé
André Ventura, 43 ans, est un homme aux multiples facettes. Amateur de sport et ancien commentateur, il a vu sa carrière politique prendre son envol après des déclarations chocs, comme sa défense d'une forte réduction de la présence islamique en Europe. Ses propos, souvent polémiques, rappellent le Jean-Marie Le Pen des débuts. Le nationalisme qu'il prône vise davantage à diviser qu'à rassembler, position qui interroge une nation encore marquée par son passé dictatorial sous Salazar.
Les élections de 2024 marquent également un tournant pour Chega, qui a su capitaliser sur le mécontentement des électeurs face à la crise identitaire croissante et aux tensions migratoires. Les habitants d'Entroncamento, une mairie dirigée par Chega, expriment leur angoisse face à l'arrivée d'immigrés, décrivant une montée des prix de l'immobilier et des craintes d'insécurité. « Nous sommes un petit pays qui risque de perdre son identité », déclare Ventura, en écho aux frustrations ressenties par de nombreux Portugais, souligne France 24.
Un héritage à naviguer
La réflexion autour de l'héritage de la dictature encore présente dans le discours public ne fait qu'intensifier. Bien que Ventura tente de se distancer de ce passé, il recycle la devise « Dieu, patrie, famille » en ajoutant « travail », convaincu que cela peut séduire l'électorat traditionnel. Ce mouvement de nostalgie rappelle des figures comme Salazar, même s'il reste vigilant à ne pas s'associer trop étroitement à des groupes néo-fascistes.
Les experts s'interrogent : Ventura peut-il réellement redéfinir le paysage politique du pays ou finira-t-il par se heurter au mur de la réalité politique ? Selon Rui Ramos, politologue à l'Universidade Nova, « Ventura joue habilement sur les peurs des gens, mais son futur reste incertain face aux structures politiques établies. »
Les futures élections risquent d'être marquées par une forte polarisation, alors que le Portugal navigue entre son héritage et les défis contemporains. Avec Chega en forte progression, la question de l'identité nationale portugaise demeurera au cœur des débats.







