En Côte d'Ivoire, une femme qui rêve de divorcer entend souvent l'expression "attrape ton cœur", comme un rappel amer qu'elle doit "subir" les difficultés de son mariage. Josy, 30 ans, partage son expérience : "Cela signifie que la société attend de nous que nous supportions tout, même la trahison." Malgré les lois autorisant le divorce, la réalité demeure complexe et les obstacles culturels persistent, pressant les femmes à rester dans des unions toxiques.
La vie de Josy a changé radicalement lorsqu'elle a découvert que son mari avait hypothéqué leur voiture, s'endettant de millions de francs CFA, tout en la trompant. Cette professionnelle de santé, gagnant 500.000 francs CFA par mois (environ 760 euros), vit aujourd'hui sous le même toit que son mari, se heurtant à des tensions insupportables. Le divorce semble encore hors de portée pour elle.
"J'ai peur de ce que ma famille et l'église penseront", confie-t-elle, reflet d'un climat résistant au changement. En 2024, seuls 1.835 divorces ont été demandés parmi 30.912 mariages, un chiffre frappant qui souligne la marginalisation de cette pratique.
Les statistiques révèlent une prévalence inquiétante : la femme divorcée est souvent sujette à des jugements. Josy déclare : "Les mamans disent toujours, 'il n'y a rien qu'on ne peut pas supporter', et dans notre communauté chrétienne, le divorce est interdit." Certaines femmes se voient même contraintes de fuir vers d'autres pays, une pensée que Josy n'écarte pas.
Anne Bera-Dassé, avocate en droit de la famille, note que les demandes de divorce n'émergent que dans des situations extrêmes. Le processus long et coûteux, surtout en l'absence de consentement mutuel, est un fardeau supplémentaire que de nombreuses femmes hésitent à porter.
"Il y a des frais d'enrôlement, des déplacements, et souvent, elles abandonnent leur emploi à la suite du mariage", indique-t-elle. Nina, 40 ans, souligne la difficulté d'engager une procédure alors qu'elle travaille à son compte et que son mari a quitté le domicile avec trois de leurs quatre enfants.
La directrice de l'association Akwaba Mousso, Corine Moussa Vanie, aborde la perception sociétale, affirmant qu'une femme est souvent jugée par sa capacité à maintenir son mariage. Les profondes valeurs culturelles imprègnent la société : "Pour nous, le mariage est souvent synonyme de réussite, où posséder un bon mari est primordial." Elle ajoute que même entre les personnes éduquées, la tendance à minimiser les problèmes conjugaux demeure forte.
Yacine, 42 ans, refuse de se plier à cette mentalité. Après un douloureux processus de divorce, elle a retrouvé sa sérénité et dit désormais être en bons termes avec son ex-mari. Son témoignage est éclairant : "Aujourd'hui, mes enfants sont heureux de me voir épanouie." Cependant, la solitude et le jugement sont des réalités omniprésentes, rendant le chemin vers l'autonomie difficile.
"En Afrique, on vit souvent pour les autres", affirme Yacine, évoquant le manque de confiance qui paralyse tant de femmes. "Je veux vivre pour moi-même," conclut-elle, se sentant libérée dans sa nouvelle vie. Ce témoignage illustre la lutte de nombreuses Ivoiriennes face à des attentes sociétales oppressantes.
*Tous les prénoms des femmes citées ont été modifiés.







