La Belgique se dirige-t-elle vers un tournant mémorable de son histoire coloniale? Mardi, un verdict sera rendu concernant la possibilité d'un procès pénal impliquant un ancien diplomate belge, accusé d'avoir joué un rôle crucial dans l'assassinat de Patrice Lumumba, le premier dirigeant congolais, en 1961.
Patrice Lumumba, qui a accédé à la tête du gouvernement dans l'ancien Congo belge peu après son indépendance le 30 juin 1960, a été destitué lors d'un coup d'État en septembre 1960. Capturé, il fut transféré dans la province sécessionniste du Katanga, où il a été exécuté le 17 janvier 1961. Son corps a ensuite été dissous dans de l'acide, rendant son assassinat d'autant plus troublant.
Souvent décrit comme un martyr de l'indépendance, Lumumba a dénoncé les atrocités du colonialisme belge lors de son discours historique devant le roi Baudouin, caractérisant cette période comme l'une des plus violentes, causant la perte de millions de vies. Depuis, les gouvernements belges ont fait face à des accusations d'implication dans l'assassinat sans qu'aucune poursuite n'ait abouti jusqu'à présent.
Actuellement, un homme, Etienne Davignon, un ex-diplomate belge de 93 ans, est au cœur des accusations. Dernier représentant d’un groupe de fonctionnaires belges impliqués, il est soupçonné de "participation à des crimes de guerre" et conteste fermement les accusations portées contre lui.
La décision rendue par la chambre du conseil de Bruxelles ce mardi pourrait entraîner un procès, ce qui constituerait un événement sans précédent en matière de justice pour les crimes coloniaux. Les avocats de la famille Lumumba soulignent que ce serait l'occasion pour une juridiction pénale d'examiner la responsabilité de l'ex-puissance coloniale dans l'assassinat d'un leader africain.
Les descendants de Lumumba espèrent enfin obtenir "justice et vérité" plus de 65 ans après cette tragédie. Christophe Marchand, l’avocat de la famille, déclare que Davignon a joué un rôle clé dans "une entreprise criminelle d'État" orchestrée par la Belgique.
Le procureur fédéral, pour sa part, a évoqué les "traitements dégradants" infligés à Lumumba, tandis que la défense plaide que le délai pour une telle procédure est désormais irrecevable. Des événements récents, comme la restitution d'une dent de Lumumba par la Belgique à la RDC, témoignant des efforts de réconciliation, soulignent la responsabilité morale du pays dans cette affaire, selon le Premier ministre Alexander De Croo.
Ce procès, s'il se concrétise, sera un moment décisif pour la Belgique, mettant en lumière les ombres de son passé colonial et suscitant un débat essentiel sur la mémoire, la justice et la réparation.







